Homélie pour la messe

de Sainte Marie, Mère de Dieu

1er janvier 2011 (B)

 

 

Dans un numéro récent de la revue Liturgie, une moniale de notre Ordre propose un parcours pour le temps Avent-Noël-Épiphanie. Pour chaque dimanche et fête de ce cycle liturgique, elle nous invite, en trois petits paragraphes, à contempler, à travers les lectures du jour, trois visages : visage de Dieu, visage du Christ, visage de l’Église. Les lectures de la solennité de Ste Marie Mère de Dieu, en ce 1er jour de l’année, sont particulièrement propices à une telle contemplation.

« Que ton visage s’illumine pour nous », avons-nous imploré avec le Psalmiste, à la suite de la 1ère lecture, où Moïse enseignait à Aaron et à ses descendants comment bénir le peuple : « Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage !... Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! » Il est surprenant de voir combien de fois, dans la Bible, il est question du visage, de la face de Dieu, alors que la Loi mosaïque interdit formellement toute représentation, humaine ou animale, de Dieu, pour sauvegarder sa transcendance. Il est même fait au croyant d’Israël un devoir de rechercher sans cesse la face du Seigneur. Et le comble, c’est qu’il est écrit que « nul ne peut voir Dieu sans mourir » ! Serions-nous condamnés à une recherche désespérée, comme dans un autre psaume : « Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ; quand pourrai-je m’avancer, paraître face à Dieu ? Je n’ai d’autre pain que mes larmes, le jour, la nuit, moi qui chaque jour entends dire : “Où est-il ton Dieu ?” Les peuples idolâtres qui l’entouraient avaient beau jeu de narguer ainsi Israël dont le Temple ne contenait aucune figure de ce Dieu vivant. Et pourtant, des siècles durant, Israël a persévéré, et persévère, dans sa quête du visage du Dieu inaccessible : « Mon cœur m’a redit ta parole : “Cherchez ma face.” C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face. »

   Visage de Dieu, visage du Christ. Étaient-ils de ces guetteurs de Dieu, de ces “guetteurs de l’aube”, les bergers dont nous parle l’Évangile de ce jour ? Ils veillaient certes, mais sur leur troupeau, nous dit saint Luc. Aspiraient-ils à contempler le visage de Dieu ? Il paraît que leur profession n’avait pas bonne presse auprès des bien pensants de l’époque ; trop occupés par leur besogne, ils ne pratiquaient guère leur religion. Pourtant c’est sur eux les premiers, après Marie et Joseph, que Dieu fait briller son visage d’homme. Les premiers, ils contemplent « le sourire de Dieu dans les yeux d’un enfant. » Luc nous dit qu’ « ils repartent en louant et glorifiant Dieu ». Ne pourraient-ils pas s’écrier, comme plus tard saint Jean au terme de son Prologue : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique de Dieu, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui nous le fait connaître ! »

   Visage de Dieu, visage du Christ, visage de l’Église. Celui qui est éternellement dans le sein du Père, les bergers le découvrent sur le sein de Marie. En cette toute jeune femme, ils contemplent le visage de la Première Église, qui « retient tous ces évènements et les médite dans son cœur ». Visage de la Mère tourné vers celui du Fils. Marie persévèrera dans ce regard, jusqu’au pied de la croix, alors que ce visage sera « sans beauté, sans éclat », comme Isaïe l’avait annoncé. L’anéantissement du nouveau-né préfigure celui du crucifié, il le contient en germe. Sur le visage de son premier-né, Marie peut voir les traits de tous ces fils qui lui seront donnés, fruits du Mystère pascal de Jésus, et qui avec elle, forment le visage de l’Église. Déjà, nous l’entendions dans la 2ème lecture, retentit la voix de l’Apôtre : « Envoyé de Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos cœurs, et il crie vers le Père en l’appelant “Abba !” »

   Chaque jour de cette nouvelle année, confions-nous à Marie, fidèle coopératrice de l’Esprit de son Fils, qui façonne nos visages, et tout notre être, à l’image et ressemblance de ce Fils unique. Comme elle et avec elle, ne quittons pas des yeux le visage de ce Fils sur lequel rayonne la gloire du Père, même et surtout dans les jours difficiles, quand ce visage nous apparaît voilé, défiguré, douloureux. Reconnaissons aussi ce visage en chacun, chacune de nos frères et sœurs en humanité, des plus proches aux plus lointains.

 

Fr. G.

 

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