Homélie pour
l'Immaculée Conception

8 décembre 2011 (B)

 

 

Chaque année, au long des mois, nous célébrons Marie sous divers vocables, dont celui pour ce 8 décembre de Fête de l’Immaculée Conception de La Vierge Marie.

Bien des contresens sont dits à propos de ce titre de Marie. Que signifient ces mots ? Je suis allé consulter le «Youcat », ce petit livre jaune, ce catéchisme que Benoît XVI a remis aux jeunes à Madrid cet été. Il explique que peut-être le contresens le plus fort est celui de ceux qui affirment que l’Immaculée Conception fut inventée par Pie IX lorsqu’il en définit le dogme en 1854. En fait le Pape ne faisait que reprendre une formulation du XV° siècle de ce que très vite dans l’histoire de l’Eglise les chrétien ont professé ; elle ne s’applique pas à la conception de Jésus dans le sein de Marie. Elle n’est nullement une dépréciation de la sexualité dans le christianisme, comme si un homme et une femme pouvaient se « souiller » en donnant la vie à un enfant ; elle dit ceci : « L’Eglise croit que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, préservée «intacte» de toute «souillure» du péché originel, par une grâce et une faveur particulière venant déjà de la mort de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, Dieu préparant ainsi à son Fils une demeure digne de Lui. » L’Immaculée Conception n’est pas seulement pour Marie préservation du mal, elle n’est préservation du mal que parce qu’elle est avant tout plénitude de grâce. C’est ce qui est évoqué dans les textes de cette liturgie.

De la bible hébraïque au Nouveau Testament, le péché est une rupture de la relation. Et le récit de la première lecture le met en scène : dès le début, dés l’origine, la vie est donnée comme relation, aujourd’hui on dit aussi l’altérité. Par le péché la rupture est entrée dans le monde. Rupture avec soi-même, rupture avec autrui, et donc avec Dieu. C’est le désamour, provoqué par la pierre d’achoppement, le scandale au sens propre de ce mot, scandale toujours provoqué par l’autre. Scandaliser signifie bien «  faire tomber l’autre », détruire une relation de confiance.   « Dans la chute d’Adam et Eve, dit Benoît XVI, nous devons comprendre que nous portons tous en nous une goutte du venin de cette façon de penser illustrée par les images du livre de la Genèse ». L’homme n’a pas confiance en Dieu : il nourrit le soupçon que Dieu est un concurrent de sa liberté. L’homme ne veut pas  recevoir de Dieu la plénitude de sa vie. Il fait alors sombrer son existence dans le vide, dans la mort. Or  ce texte nous dit aussi que nous avons tous en nous le moyen de mettre un terme au scandale originel, tout simplement parce qu’il est l’annonce première du salut. Le passage de la lettre de St Paul dit en effet que le Christ est le Sauveur Unique de toute l’humanité, sans aucune exception. Ce dont nous sommes sauvés par arrachement, Marie en est sauvée par préservation. C’est en ce sens que nous pouvons la dire exempte de tout péché. Grâce à son Fils. « Béni soit Dieu, il nous a comblés, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard, nous ayant d’avance destinés à devenir pour lui des fils. » La rupture est abolie.

Le dogme de l’Immaculèe-Conception est bien un acte de foi «  christologique ». La gloire de Marie est tout entière tournée vers son Fils, seule source de cette pureté et de cette gloire. La longue attente de l’humanité aboutit en Marie, première de la lignèe des chrétiens à s’engager par son « fiat » dans l’Histoire du Salut, et pur qu’elle y tienne cette place, il fallait bien que Dieu la comble de sa grâce.

 

Fr. A-M.

 

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