|
Homélie du 3ème dimanche du temps ordinaire 22 janvier 2011(B) |
Tous les textes de ce Dimanche nous parlent d’APPEL : appel de Pierre et André, appel de Jacques et de Jean, appel de Jonas, appel des habitants de Ninive et même, par la voix de Paul, « interpellation » de la jeune Eglise de Corinthe.
Oui, Dieu appelle.
Dieu ne cesse d’appeler.
Mais, peut-Il faire autrement ? Peut-Il être autre voix que la voix de l’appel, Lui qui n’est qu’Amour ? C'est-à-dire relation infinie qui cherche l’autre, qui le désire, qui le veut. Mystère qui n’a d’autre sens qu’une dépendance absolue à la réponse de celui qui est appelé.
Aussi, me semble-t-il, la liturgie de ce jour nous invite à nous questionner sur la réponse à cet appel.
Or, un aspect devient tout-à-fait frappant aussitôt que nous considérons les réponses de ceux qui sont appelés : c’est le « temps ». Que ce soient « les temps » ou « l’instant », l’irruption de cette dimension nous immerge dans notre réalité marquée par la durée c'est-à-dire par la finitude.
« Le temps est limité. » Notre temps est compté. L’Amour est infini, sa durée est éternelle, mais notre réponse, notre entrée dans Son mystère, n’a pas la même dimension.
La dimension de notre réponse est donnée par Jésus Lui-même. Ce sont les premiers mots de Son ministère public. La première phrase que l’évangéliste Marc met dans Sa bouche, et sur ses lèvres.
L’instant décisif. Pour Pierre et André, pour Jacques et Jean, mais aussi, et surtout, aujourd’hui, pour chacune et chacun de nous : « les temps sont accomplis ». Phrase mystérieuse qui nous dit, en fait, « attention : le temps n’a plus d’autre valeur que d’être le temps de notre réponse à l’appel de Dieu sur nous. C’est maintenant. Voilà l’instant favorable. Voilà le cadeau que Dieu nous fait de Son éternité. Quittons notre durée pour entrer dans la Sienne. »
« Les temps sont accomplis ».
Voilà ce qu’ont entendu Pierre, André, Jacques, Jean, Jonas, les habitants de Ninive, mais aussi toutes les femmes et tous les hommes qui ont été touchés par la Parole et ont voulu, ont désiré, d’un grand désir, que cette Parole devienne Vie en eux. Ou plutôt que leur vie devienne Parole.
Car l’homme n’a pas d’autre vocation que de réaliser le désir de Dieu sur lui. Personne n’échappe à l’appel de Dieu. L’appel n’est pas réservé à quelques-uns, ailleurs, dans d’autres lieux, dans d’autres temps. Dieu a soif de chacune et de chacun d’entre nous ici, ce matin. Nous ne sommes pas ici par hasard. Nous sommes ici parce que déjà nous avons répondu. Sans doute, et même de manière certaine, imparfaitement, comme Jonas qui cherchait surtout à se débarrasser, le plus vite possible, de la mission que Dieu lui avait confiée. Mais, qu’importe ! La volonté de Dieu est plus forte que nos limites et quelles que soient les petitesses qui entravent Son action en nous, Elle ne restera pas sans effet, « Elle ne reviendra pas sans avoir produit » ce que Dieu veut.
Toute la durée de notre vie n’est rien si elle n’est pas réponse permanente à Dieu. Son désir de nous ne s’éteindra jamais. Il nous suffit de le croire car Il ne peut pas faire autrement. Sa nature nous entraîne à Sa suite : « venez derrière Moi », nous dit Jésus. Au fond de nous, nous le savons ! Nous hésitons, non pas à cause du doute, car le doute est légitime devant un tel mystère qui dépasse la raison humaine. Mais, l’obstacle c’est la peur. Peur de quitter les limites faussement rassurantes de nos suffisances, réussites apparentes de l’homme qui croit pouvoir se passer de Dieu en se faisant mesure de toutes choses.
Mais, non ! « Le monde tel que nous le voyons est en train de passer ». Le vrai monde, la vraie vie, dès ici-bas, sont en Dieu. C’est Lui notre durée, c’est Lui notre mesure. Dès lors, « avoir une femme », « pleurer » ; « être heureux », « faire des achats », « posséder », « tirer profit de ce monde », ne peuvent plus être des fins en soi mais prennent sens dans la mesure où tout est remis en Dieu et vécu en Lui : très concrètement, si tout, à chaque instant, dans chacune de nos vies, est remis à l’Amour dont Dieu nous aime.
Fr. J-M
Fermer la fenêtre
Haut de page
![]()