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Homélie pour le 2ème dimanche du temps ordinaire 15 janvier 2012 (B) |
Les lectures de ce dimanche nous offrent de nombreuses pistes de réflexion, mais il est un thème qui peut nous aider à les unifier, celui de la Demeure. « Dieu s’est préparé une Demeure chez les hommes », chantions-nous pour l’ouverture de cette Eucharistie. De fait, l’Ancien Testament nous parle de divers lieux où l’on vénérait une présence spéciale de Dieu, où l’on venait le rencontrer, le prier, le louer, lui rendre grâce, lui offrir des sacrifices. Durant la marche d’Israël au désert, l’arche, abritée dans une tente, était le signe de cette présence du Seigneur, le lieu de la rencontre, le témoin de l’Alliance conclue avec son peuple. Israël une fois installé dans la terre promise, l’arche a trouvé une demeure stable dans le temple de Silo, où le jeune Samuel, offert au Seigneur par sa mère Anne, habite avec le prêtre Éli. Comme Moïse dans la tente, l’enfant va apprendre à converser familièrement avec son Dieu, à écouter sa parole, à s’en nourrir, pour la transmettre à ses frères : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Plus tard, nous le savons, c’est à Jérusalem, où Salomon lui a construit un temple magnifique, que l’on viendra rencontrer le Seigneur, demeurer auprès de lui, lui redire le bonheur que l’on éprouve d’habiter chez lui, comme le chantent les psaumes : « De quel amour sont aimées tes demeures, Seigneur, Dieu de l’univers !... Heureux les habitants de ta maison, ils pourront te chanter encore !... Oui, un jour dans tes parvis en vaut plus que mille. » (Ps.83 h 84).
Cependant, Salomon lui-même, adressant sa prière au Seigneur lors de la dédicace du Temple, a bien conscience que la divine Présence ne peut s’enclore dans les murs faits de main d’homme ; il interroge : « Dieu habiterait-il vraiment avec les hommes sur la terre ? Voici que les cieux et les cieux des cieux ne le peuvent contenir, moins encore cette maison que j’ai construite ! » (II Chroniques 6,18). Ce sera l’enseignement des prophètes : il ne sert à rien de venir se présenter à Dieu dans sa Maison, de lui offrir des milliers de sacrifices, si le cœur n’est pas en accord avec cette démarche. « C’est l’amour que je veux, et non les sacrifices », déclare Osée. Et nous venons de chanter avec le psalmiste : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : “Voici, je viens !” » Phrase reprise par l’auteur de la lettre aux Hébreux, qui l’applique à Jésus, en la modifiant un peu : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation, mais tu m’as façonné un corps… Alors j’ai dit : “Voici, je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du Livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté.” » (Hébreux 10,5-7).
Oui, avec Jésus, en Jésus, Dieu vient réellement, et non plus en figure, habiter chez les hommes, avec les hommes, comme Jean l’écrit dans son Prologue : « Le Verbe s’est fait chair et il a dressé sa tente parmi nous. » C’est désormais près de lui, en se mettant à son école, en le fréquentant, que l’on demeure avec Dieu, chez Dieu, en Dieu, comme en font l’expérience les disciples dans l’Évangile de ce jour : « Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. » Jean Baptiste, leur montrant Jésus, leur avait dit : « Voici l’Agneau de Dieu. » En lui, toutes les figures s’accomplissent ; il est la Demeure de Dieu parmi les hommes, et en même temps l’unique offrande agréée du Père, l’Agneau qui se livre pour le salut du monde. C’est lui le véritable Samuel, qui déclare à son Père : « Tu m’as appelé, me voici ! »
A notre tour, avec Jésus et en lui, nous sommes appelés à devenir Demeure de Dieu. Jésus le dira clairement aux disciples dans son discours après la Cène : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. » C’est un avant-goût de cette intimité qu’ont eue aujourd’hui André et son compagnon, et qui les fait s’écrier : « Nous avons trouvé le Messie ! » Paul, dans la 2ème lecture, nous enseigne que tout notre être est temple divin : « Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur vous a achetés très cher. Rendez grâce à Dieu dans votre corps. » Les Corinthiens, auxquels il s’adresse, vivent dans un milieu peu propice à l’enracinement de l’Évangile ; “vivre à la corinthienne” était synonyme de vivre dans la débauche. A ces hommes et à ces femmes venus du paganisme, Paul enseigne ainsi l’éminente dignité du corps : non pas un vulgaire instrument de plaisir, dont on use et abuse à son gré, mais le temple de l’Esprit de Dieu, racheté par l’offrande du Christ sur la croix et appelé à ressusciter avec lui.
Avec le psalmiste, mais surtout avec Jésus, nous pouvons dire à notre tour : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation, mais tu m’as façonné un corps… Alors j’ai dit : “Voici, je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du Livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté.” » Que nous aide la prière de celle qui, après son Fils, est par excellence la Demeure de Dieu, elle qui a offert tout son être immaculé pour que Dieu puisse venir demeurer parmi les hommes, et qui a uni jusqu’au bout son offrande à celle de l’Agneau de Dieu.
Fr. G
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