Homélie pour le Vendredi Saint

2 avril 2010 (C)

 

La tradition de l’Eglise veut que  l’Evangile de St Jean nous accompagne, le Vendredi Saint, dans la Passion et la mort de Jésus sur la Croix.

St Jean nous montre un Messie crucifié, empreint de souveraine majesté ; oui, ce soir c’est un Roi qui est crucifié.

Tout au long de son récit de la Passion, en effet, St Jean nous présente Jésus souverainement maître de Lui-même et des évènements, jusqu’au bout, jusqu’au dernier souffle : « tout est accompli ». Le Roi du monde est glorifié en acceptant de mourir, comme le dernier des esclaves, pendu au bois du supplice, entouré de bandits. Jésus est Roi en se soumettant totalement à la puissance de l’Esprit, source de Sa souveraine majesté: « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie selon que tu lui as donné pouvoir sur toute chose. » Oui, dans la souffrance, dans la mort, la respiration d’amour qui relie Jésus à Son Père ne faiblit pas. Elle atteint au contraire le sommet de Sa puissance. Ce soir, l’Amour est Roi et la Croix est sa signature.

Parce que le souffle d’Amour s’est opposé au prince des ténèbres et n’a pas faibli, la Croix demeure éternellement dressée sur le monde. Elle devient le signe définitif que l’Amour est allé jusque là. Signe définitif que rien : ni la souffrance, ni l’échec, ni l’humiliation, ni les outrages, ni la mort, ne peuvent vaincre le souffle, qui relie le Fils au Père et qui les glorifie. Rien n’est plus fort que l’Amour.

Comment alors ne pas être attiré par le signe de cet Amour fou ?

Comment refuser de tourner son regard vers cette Croix qui nous concerne, dès lors que Jésus n’a cessé de s’offrir à nous?

Oui, « élevé de terre », le Fils « attire tout à Lui ».

Ne nous trompons pas : ce ne sont pas la souffrance et la mort qui nous attirent. Elles  nous révulsent et nous font peur comme elles ont révulsé Jésus. La Croix dressée sur le monde nous inonde au contraire de la douceur du plus grand amour.

Si nous nous laissons emplir de cette douceur, l’Amour devient notre Espérance.  Jamais nous ne pourrons aimer d’un si grand amour, mais jamais non plus nous ne pouvons oublier jusqu’où l’Amour est allé pour chacune et chacun de  nous.  C’est là le témoignage que Jésus est venu rendre. Il le dit clairement à Pilate : « je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. » La vérité c’est que l’Amour de Dieu est sans mesure.

Ecoutons St Bernard : «le fer a transpercé l’âme du Christ….et il a découvert les secrets de son cœur. Elle est découverte, la tendresse de la miséricorde de notre Dieu ». 

La Croix règne à jamais sur le monde, témoignant de quel amour nous sommes aimés, tous, chacune, chacun de nous, surtout quand nous sommes faibles, pêcheurs, tentés par le désespoir. Tournons alors notre regard vers la Croix, regardons Jésus nous aimer du plus grand amour et osons nous ouvrir à l’Espérance.

Fr. J-M.

 

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