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Homélie pour la fête du Sacré-Cœur 11 juin 2010 (C) |
« C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentir. » La même phrase, comme un refrain, revient dans la parabole suivante, celle de la pièce perdue et retrouvée, avec cette différence : « Il y aura plus de joie pour les anges de Dieu. » Le ciel, les anges de Dieu : de qui s’agit-il en définitive ? Pour qui est-elle, cette joie qui éclate quand un pécheur se repent ? La troisième des paraboles, la plus connue, nous le dit en clair ; elle est d’abord pour le père qui retrouve son fils prodigue et qui veut partager sa joie avec toute sa maisonnée : « Mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Le ciel, les anges se réjouissent quand un pécheur revient au Seigneur, mais c’est en communiant à la joie de Dieu, Père, Fils et Esprit, qui met tout en œuvre pour ce retour.
Écoutons Julienne de Norwich, mystique anglaise du XIVème siècle, nous donner comme un commentaire de l’Évangile de ce jour. « C’est pour moi, lui dit Jésus, une joie, un bonheur, une satisfaction sans fin d’avoir enduré ma Passion pour toi ; et si je pouvais souffrir encore davantage, je le ferais. » Julienne commente : « Nous n’appartenons pas seulement à Jésus parce qu’il nous a rachetés, mais nous sommes aussi, en vertu du don aimable de son Père, son bonheur, sa récompense, sa gloire, sa couronne… C’est là pour lui un bonheur si grand, qu’il regarde sa peine, ses travaux, sa cruelle Passion et sa mort ignominieuse comme rien… Dans les trois paroles de Jésus touchant sa Passion : “c’est là une joie, un bonheur et une satisfaction sans fin pour moi”, me furent montrés trois cieux : par la joie, je compris le plaisir du Père ; par le bonheur, la gloire du Fils ; par la satisfaction sans fin, le Saint-Esprit. Le Père en est heureux, le Fils en est glorifié et le Saint-Esprit y trouve sa complaisance… Jésus veut que nous ne perdions pas de vue le bonheur qu’il a au sein de la Sainte Trinité par suite de notre salut, et que nous désirions y trouver autant de joie spirituelle par sa grâce ; c’est-à-dire que nous partagions sa propre joie à ce sujet, autant du moins que cela nous est possible ici-bas. »
Un Dieu heureux du retour du pécheur, désireux de l’introduire dans sa propre joie, cela n’est pas tout à fait nouveau. Le prophète Michée interrogeait déjà : « Quel est le dieu comme toi, qui enlève la faute, qui pardonne le forfait, qui n’exaspère pas pour toujours sa colère, mais qui prend plaisir à faire grâce ? » Mais dans le Christ mort pour nous, il nous en a donné la preuve, comme Paul nous le disait tout à l’heure ; il nous a prouvé la violence infinie du désir qu’il a de nous réconcilier avec lui, pour trouver en chacun de nous la joie qu’il trouve en son Fils unique et bien-aimé. La solennité de ce jour, en nous donnant à contempler le Cœur transpercé, nous invite à communier à ce désir de Dieu sur nous, à la joie sans borne du divin Berger retrouvant sa brebis égarée. Écoutons encore la recluse anglaise nous le dire :
« (Notre Seigneur) me remit en mémoire le sang très cher et l’eau précieuse qu’il laissa couler par amour. D’un doux regard contemplatif, il montra son saint cœur fendu en deux… (Il) dit avec la plus vive allégresse : “Vois à quel point je t’aime !” C’était comme s’il avait dit : “Ma bien-aimée, regarde et vois ton Seigneur, ton Dieu qui est ton créateur et ta joie sans fin. Vois ton frère, ton sauveur : ma fille, contemple et vois quelle allégresse et quel bonheur je trouve dans ton salut. Et par amour pour moi, réjouis-toi avec moi… Toutes mes amères souffrances, tout mon dur labeur, se sont changés en joie et en béatitude éternelle pour moi et pour toi. Comment pourrais-tu m’adresser la moindre prière qui me plaise, sans que tout content, je ne l’exauce ? Car mon plaisir, c’est ta sainteté et ta joie et ta béatitude éternelle avec moi.” »
F. G
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