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Homélie du 1er mai 2010(C) |
Nous fêtons aujourd’hui St Joseph travailleur. Pourtant les textes ne nous ont nullement parlé de lui, sinon pour entendre, au sujet de Jésus : « n’est-il pas le fils du charpentier ? », Lui qui enseigne « dans son pays » et qui, « à cet endroit là, ne fit pas beaucoup de miracles, à cause de leur manque de foi. » Difficile de ne pas voir un lien de cause à effet, entre le manque de foi des contemporains de Jésus et le fait qu’à leurs yeux Il soit le fils du charpentier. Sans doute la nature humaine de Jésus, le caractère trop familier du travail de charpentier, travail qui était certainement aussi celui de Jésus avant qu’Il ne se mette à enseigner dans leurs synagogues, les empêchent-ils de Le voir autrement.
Mesurons-nous qu’en voulant aujourd’hui honorer St Joseph dans son métier de charpentier, nous allons exactement à contre-courant de ce qui animait les contemporains de Jésus ? Mesurons-nous bien ce qui nous conduit à cette contradiction ? Ou, pour mieux dire, QUI nous conduit à cette contradiction et POURQUOI?
La réponse est toute simple et c’est St Paul qui nous la donne: «tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant pour Lui votre action de grâce à Dieu le Père. »
Oui, tout ce que nous disons ou faisons, absolument tout, prend valeur et sens, dans la mesure où nous nous inscrivons résolument dans la dimension trinitaire de notre être, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Par le nom de Jésus, Seigneur et Maître, nous entrons dans l’Esprit d’Amour qui l’unit à Son Père et nous participons ainsi à Sa nature divine. Devenant ce que nous sommes, c’est Dieu Lui-même qui sanctifie toutes nos œuvres.
Seul l’amour du Seigneur Jésus peut nous conduire à cette perfection d’être. Écoutons à nouveau St Paul : « frères, dans votre vie, mettez l’amour au-dessus de tout : c’est lui qui fait l’unité dans la perfection. Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés pour former en lui un seul corps. » Paroles fortes qui pourraient nous donner l’impression que « nous ne pourrons jamais y arriver », tant nous sommes, à l’égal des contemporains de Jésus, prisonniers des limites de notre humanité. Ce que j’appelle « limites de notre humanité » est notre triste habitude de croire que nous pouvons quelque chose, par nous-mêmes, alors que notre vocation de baptisés est de nous recevoir d’un Autre.
Apprentissage de toute une vie ! Apprentissage de tout chrétien, qu’il soit moine ou laïc. Que sa vocation le porte à se consacrer à la contemplation ou à l’action, il s’apercevra vite, s’il prend son baptême au sérieux, qu’il n’y a aucune différence de nature entre la prière et l’action. Aucune prière, aucune contemplation, n’a de sens si elle ne débouche sur un don total de la personne, au service de la sœur, du frère, tout proche de nous. Aucune action, aucun travail n’a de sens, s’il ne prend sa source dans une prière contemplative.
Bien sûr, les charismes sont variés dans l’Eglise et chacun de nous est unique, mais tous, nous avons à développer le meilleur de nous-mêmes, l’image que Dieu y a laissée, dans une vocation spécifique, qui nous fera ressembler à cette image divine. A l’école de Jésus, nous recevant du Père, nous apprenons que rien n’est possible dans nos existences, sans un don total de nous mêmes, sans aller jusqu’au don de notre vie, car l’Amour nous habite.
Tout : travail, prière, contemplation, action apostolique ou missionnaire, humble travail du quotidien, tout devient alors école de cet Amour, autre nom de Jésus, nom qui est au dessus de tout nom, le nom de Dieu notre Père.
C’était bien là l’œuvre de Joseph le charpentier, homme de silence et de travail sans lequel le Christ Jésus n’eut pu être pleinement homme parmi ses frères. Qu’à son exemple, nous, moines et laïcs, nous sachions donner vie au Seigneur Jésus, pour la Paix de l’Eglise et du monde, en nous donnant tout entier à l’Amour.
Fr. J-M.
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