Homélie pour

le lundi de Pentecôte

24 mai 2010 (C)

 
Ô Fils de Dieu ressuscité…

Tu donnes l’Eau vive à ton peuple,

L’Amour vivant,

Et tu l’entraînes comme un fleuve

Dans son courant. (Hymne de la L.H. Ascension – T : C. Bernard/CNPL)

   Nous l’avons chanté tous les jours aux Vêpres depuis l’Ascension, dans l’attente de ce Don par excellence dont l’Évangile qui vient d’être proclamé nous rappelle la promesse : « “Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur”. En disant cela, (Jésus) parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. »

   Deux fleuves, deux courants, traversent notre monde, Paul vient de nous les décrire. Le courant des tendances de la chair : « Débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie,… et autres choses du même genre. » Ce courant, ce torrent, malheureusement, tient trop souvent le devant de la scène. Il s’étale sous nos yeux, sur nos écrans, dans nos journaux, et rien ne semble pouvoir lui résister. Il n’épargne pas notre Église, et qui d’entre nous oserait affirmer qu’il ne trouve pas de complicité en son propre cœur ?

   L’autre courant, celui qui jaillit du côté du Christ transpercé par la lance, le courant de l’Esprit, est « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité, maîtrise de soi. » Entre ces deux courants, nous dit Paul, « il y a un affrontement qui nous empêche de faire ce que nous voudrions. » Oui, tous deux nous traversent, l’affrontement est au cœur de nos vies, même à l’abri des murs d’un cloître. Pourtant, l’Apôtre n’en doute pas, le second est le plus fort, malgré les apparences contraires. « Face à tout cela – c’est-à-dire face aux fruits que produit l’Esprit dans le cœur du croyant, face à ce fleuve d’amour – il n’y a pas de loi qui tienne. »

   Une condition : « Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit. » On dit parfois, et ce n’est pas faux, qu’il faut aller à contre-courant, résister de toutes nos forces à ce premier courant qui traverse notre monde et semble vouloir tout emporter sur son passage, balayant sans pitié nos meilleurs désirs, nos aspirations à aimer Dieu et nos frères. Mais nous nous sentons si petits, si faibles, impuissants à lutter contre un tel déferlement.

   Alors, jetons-nous, plongeons dans le courant de l’Esprit, dans ce torrent que le prophète Ézéchiel avait contemplé jaillissant du côté du Temple. Au jour de notre baptême, cette plongée a déjà été réalisée, Jésus nous a pris dans ce torrent d’Amour et de Vie. Mais chaque jour, à chaque heure, nous avons à consentir à ce que l’Esprit murmure en nous, à nous laisser emporter toujours plus loin et plus profond par ce courant d’amour, de joie, de paix, de patience, de bonté, de bienveillance, de foi, d’humilité, de maîtrise de soi.

   Ce consentement à l’Esprit, une femme de notre race l’a donné en plénitude, de l’Annonciation au Calvaire, et encore à la Pentecôte, avec l’Église naissante, en notre nom à tous. Avec Marie, notre main dans la sienne, comme des enfants tenant la main de leur Mère, laissons-nous de plus en plus conduire par l’Esprit, entraîner par le fleuve de l’Amour vivant.

 

F. P.

 

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