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Homélie pour le Lundi de Pâques 5 avril 2010 (C) |
Matthieu nous dit dans ce texte que les gardes allèrent « en ville annoncer aux chefs des prêtres tout ce qui s’était passé ». En fait qu’avaient-ils vu réellement ? L’évangéliste nous avait dit, quelques versets auparavant : « à l’heure où commençait le premier jour de la semaine…, il y eut un grand tremblement de terre; l’ange du Seigneur descendit du Ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect de l’éclair et son vêtement était blanc comme la neige. » C’est ainsi que Matthieu veut nous présenter la Résurrection du Seigneur, comme un évènement cosmique qui intéresse la création toute entière et qui intéresse donc tout autant ceux qui vont la refuser que ceux qui y adhèrent.
Concernant les gardes, St Matthieu nous dit que « dans la crainte qu’ils éprouvèrent ils furent bouleversés et deviennent comme morts. » Qu’avaient-ils donc alors à rapporter aux chefs des prêtres si ce n’est une grande frayeur et un évènement totalement incompréhensible pour eux au point de les laisser comme sans vie. Ils ne pouvaient pas rencontrer Jésus Ressuscité dans de telles conditions.
L’expérience que les gardes font de la Résurrection est, en tous points, différente de celle des femmes. Ces dernières, bien loin d’être anéanties par la vision de l’ange, surmontant leur crainte, écoutent ses paroles. Et le sentiment qui les envahit c’est la joie et la joie qui veut se partager : « Elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples. » Elles sont, dès cet instant, dans une disposition intérieure qui leur permet de voir et de toucher Jésus qui « vint à leur rencontre et leur dit ‘je vous salue’ ». Tout est bouleversé, un avenir s’ouvre devant elles, la tristesse et l’angoisse qui les avaient terrassées ont disparu: Jésus leur a rendu la vie. Alors que leur rôle n’était que de simples disciples, même un peu subalternes, elles deviennent, à part entière, missionnaires du Christ Ressuscité, premières dépositaires de la Bonne Nouvelle qui, bouleverse la Création.
Les gardes, pour eux, restent dans une logique extrêmement limitée ; le mensonge et la supercherie y trouvent leur place sans difficultés et même avec une parfaite évidence. N’est-ce pas d’ailleurs un signe dans nos vies, si nous voulons les regarder avec un peu d’honnêteté, que Jésus Ressuscité n’a pas sa place où règne le mensonge. C’est vrai pour toute communauté humaine, dans le monde, dans l’église, dans nos monastères, dans nos familles, et, tout d’abord, en chacune et en chacun de nous.
Oui, si la liturgie nous donne cette page d’évangile, aujourd’hui, en ce jour qui n’en fait qu’un avec celui de la Résurrection, c’est bien pour nous aider à mettre en évidence à quel point la Foi en la Résurrection de Jésus Ressuscité change tout dans nos vies : soit, nous y croyons vraiment et nos vies sont alors transfigurées ; soit, notre foi est partielle, c'est-à-dire qu’elle n’est pas ; et, tôt ou tard, nous sommes gagnés par les faux semblants et le mensonge.
Fr. J-M.
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