Homélie pour le jour de Pâques

4 avril 2010 (C)

 

Qui cherches-tu, Marie de Magdala, de si grandmatin, alors qu’il fait encore sombre ? Qui cherchez-vous, Pierre et Jean, courant tous deux ensemble vers le tombeau ? Mais « vide est le tombeau où reposait Jésus ». Nous l’entendions cette nuit dans l’Évangile de Luc : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? »

   A qui donc est posée la question ? A Marie de Magdala et à ses compagnes, venues au sépulcre avec des aromates, pour témoigner à Jésus leur amour et leur vénération, mais comme on le fait pour un défunt. A Pierre et à Jean, à tous ces disciples, qui en trois jours ont vu s’écrouler tous leurs rêves et pensent que tout est fini, que tous leurs espoirs ont été ensevelis avec Jésus dans le tombeau. Jean vient de nous le dire : « Jusque là, ils ne savaient pas que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »

   « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? » A qui encore est-elle posée, cette question ? A vous, à moi, à nous tous, chrétiens du 21ème siècle. Est-ce que nous ne cherchons pas le Vivant parmi les morts, quand nous nous lamentons sur la situation de notre monde, et de notre Église ? Tous ces scandales qui la défigurent et qui font d’elle, et de nous, la risée des incroyants. Toutes ces divisions qui la déchirent. Tous ces jeunes qui partent à la dérive, ou en tout cas qui n’ont que faire de notre foi. Nos communautés paroissiales ou religieuses qui s’amenuisent et vieillissent. On pourrait en rajouter, et la liste serait longue.

   Pourtant, nous avons osé chanter : « Christ est vivant, alléluia ! Nous revivons dans sa joie, alléluia ! » Serait-ce pour nous anesthésier et oublier tout ce qui va mal autour de nous, chez nous, en chacun de nous ? Non, il ne faut pas se fermer les yeux à la réalité. Mais aujourd’hui, comme Paul nous y invitait dans la 2ème lecture, une autre réalité nous est proposée : « Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. » En toute épreuve, toute souffrance, reconnaissons le Visage du Crucifié, plongeons notre regard dans la plaie de son côté, qu’il présentera aux siens au soir de sa Résurrection. Mais, par le regard de la foi, allons au-delà de la plaie, là où Jésus est vivant dans la joie de son Père et où il nous appelle à vivre éternellement avec lui.

   Écoutons comment un de nos Pères dans la vie cistercienne, un matin de Pâques, dans son sermon au chapitre, invitait ses frères à opérer ce dépassement, cette divine alchimie des réalités de ce monde aux réalités d’en haut, au réalisme de la foi, de l’espérance et de l’amour. Il part du récit de la Genèse, où l’on annonce à Jacob que Joseph, son fils préféré, qu’il croyait mort depuis longtemps, est vivant ; le vieux patriarche s’écrie : « Cela me suffit, si Joseph, mon fils, est en vie ! » Et notre auteur transpose : « Cela me suffit, si Jésus est vivant ! » Puis il commente : « Comme cette parole exprime un attachement profond, qu’elle est digne des amis de Jésus ! Qu’elle est pure, l’affection qui parle ainsi : “Cela me suffit, si Jésus est vivant !” S’il vit, je vis, car mon âme est suspendue à lui ; bien plus, il est ma vie, et tout ce dont j’ai besoin. Que peut-il me manquer en effet, si Jésus est vivant ? Quand bien même tout me manquerait, cela n’aurait aucune importance pour moi, pourvu que Jésus soit vivant. Et s’il lui plaît que je manque à moi-même, il me suffit qu’il vive, ne serait-ce que pour lui. »

   Toutefois, le Père Abbé a conscience de placer la barre un peu haut pour le commun des moines (et des chrétiens). Il conclut, en se mettant à notre niveau : « Quant à nous, frères, bien que nous ne puissions nous rendre témoignage d’une telle pureté (de foi et d’amour), allons pourtant, allons voir Jésus à la montagne de la Galilée céleste, au lieu qu’il nous a désigné. En avançant vers lui, notre amour grandira, et, au moins quand nous parviendrons au terme, il deviendra parfait. Lorsqu’on avance, la voie d’abord étroite et difficile s’élargit, et les faibles prennent de la force… Là où il vous appelle, qu’il daigne aussi vous conduire, en ce lieu où il vit et règne avec le Père et l’Esprit Saint dans tous les siècles. »

 

Fr. G.

 

       Fermer la fenêtre               Haut de page Haut de page