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Homélie pour les Rameaux 28 mars 2010 (C) |
Dans le récit de la Passion, que nous donne Saint Luc, Jésus n’est pas seul.
A Gethsémani, un ange le soutient dans Son angoisse; Pilate tente de le soustraire aux accusations des Juifs par tous les moyens; Simon de Cyrène l’aide à porter Sa croix ; l’un des deux autres crucifiés qui l’entourent confesse sa foi en Lui ; et, même si ses amis se tiennent à distance, les femmes sont là et regardent. Après Sa mort, Joseph d’Arimathie prend soin de Son corps et les femmes commencent déjà à préparer Son embaumement. Oui, nous voyons là une grande proximité humaine que Jésus Lui-même a appelée : «J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. »
Il me semble que l’évangéliste nous invite, nous aussi, à entrer dans cette intimité et à nous associer très fortement aux souffrances et à la croix du Christ. C’est bien dans ce sens-là que va Saint Paul lorsqu’il écrit aux Colossiens : « Je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, car ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ, je l’accomplis en ma propre chair, pour son corps qui est l’Eglise. »
Pour un chrétien, la croix n’est pas facultative ; nous pouvons même affirmer qu’elle est incontournable. Et la liturgie de ce jour nous aide à entrer dans ce mystère-là ! Bien plus, en associant l’entrée messianique à Jérusalem et la Passion, nous sommes conduits à nous demander s’il est possible de séparer ces deux évènements. Non, il n’est pas possible de reconnaître en Jésus le Messie, de L’acclamer et de Le suivre, sans passer par la Croix !
C’est un fait : tout est attirant en Jésus: « la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus : ‘ Béni soit Celui qui vient, Lui, notre Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux !’ ». Oui, Jésus suscite ce mouvement que rien ne peut arrêter: «S’ils se taisent, les pierres crieront. » Oui, Jésus n’est pas sans savoir la force de l’attraction qui L’unit aux hommes et à la création toute entière.
Il nous faut pourtant, me semble-t-il, toujours garder l’unité entre le Messie triomphant des Rameaux et le Christ du Vendredi Saint. La liturgie de ce jour insiste pour que nous nous tenions fermement attachés à la force qui, tout à la fois, nous attire vers Jésus et nous conduit à Sa Croix. Et cette force, c’est l’Esprit Saint Lui-même qui nous la donne.
Si nous sommes ici rassemblés, c’est bien parce que chacune et chacun d’entre nous, nous cherchons à suivre Jésus. Nous voulons Lui dire notre amour, au terme de ce Carême, vécu de notre mieux, nous préparant à ce passage par la mort de Jésus dont la mémoire commence aujourd’hui et culminera Vendredi.
Mais aujourd’hui, nous sommes invités à opérer un mouvement qui ne va pas de soi. Nous sommes appelés à comprendre que la Croix de Jésus est à accepter dans nos vies personnelles, sans chercher à lui échapper. Souvent, cela nous révulse et nous révolte même, c’est que, de fait, humainement, la souffrance est inacceptable et insupportable. L’Esprit, Seul, peut nous donner de l’accueillir. Toutes nos forces consistent à Lui laisser toute la place, pour parvenir, à notre tour, jusqu’au désir de manger la Pâque« ardemment ».
L’amour pour Jésus est UN : c’est qu’Il ne sépare pas le désir, de la souffrance. Il nous invite au dépassement et à Le suivre jusqu’au bout. L’Esprit d’Amour, puissance d’attraction qui nous donne de reconnaître le Messie en Jésus, nous soutient dans l’acceptation de la Croix, et nous donne déjà la vie qui jaillit de la mort. Cette expérience, commune à tous les Saints, la petite Thérèse l’exprime très heureusement, quand elle écrit: « oui, souffrir en aimant, c’est le plus pur bonheur ». Cette même sainteté doit aussi être la nôtre, si nous prétendons vivre en chrétiens. Puissions-nous, plus que jamais, chacune et chacun d’entre nous, emboîter le pas de Jésus, en cette « Semaine Sainte 2010 », portant, nous aussi, notre croix, par Lui, avec Lui et en Lui!
Fr. J-M.
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