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Homélie pour le 5ème dimanche de Pâques 2 mai 2010 (C) |
Dans cette page de l’évangéliste Jean, nous trouvons, comme concentré, tout le message de la Bonne Nouvelle : en quelques mots, tout est dit. Et il me semble difficile, presque impensable, d’oser parler après les avoir écoutés : seul, le silence pourrait nous aider à pénétrer la profondeur et la hauteur des paroles de Jésus, paroles qu’Il a adressées à ses disciples, nous le savons bien, quelques heures seulement avant Sa Passion, alors que « Judas venait de sortir ».
De fait, la trahison est en marche, avec son engrenage de souffrance très aigüe, que rien ne pourra arrêter. Jésus le sait ; Il pourrait le dire à Ses disciples et mettre en œuvre, une nouvelle fois, un moyen d’échapper. Mais c’est sur l’essentiel que Jésus veut rassembler le temps de vie terrestre qu’il lui reste : «Maintenant, le Fils de l’Homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire. » Oui, le dialogue de Jésus avec son Père, l’Amour qui les unit, l’Amour qui L’a conduit là et lui donnera d’aller jusqu’au Golgotha, se délivre aux disciples, dans une transparence et une pureté sans pareilles. Mais les disciples le reçoivent-ils ? Jésus leur explique pourtant en ajoutant : « Je vous donne un commandement nouveau…comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous, les uns les autres. »
Il faudra beaucoup de temps aux disciples pour comprendre ce que Jésus leur disait, ce soir là. Il faudra plus que la vision de Jésus Ressuscité. Il faudra que l’Esprit, qui est Dieu Lui-même, leur donne de comprendre, peu à peu, tout ce que Jésus voulait leur dire. Long cheminement pour les disciples, chemin qui ne pouvait aboutir sans l’Esprit !
Ce qui était vrai pour les disciples, l’est tout autant pour nous. Nous, non plus, nous ne pouvons rien, par nous-mêmes. Nous pouvons seulement implorer le Seigneur de nous combler de Son Amour. Nous ne pouvons l’accueillir que dans le silence de la prière, contemplant Ses souffrances, Son humiliation, Son Cœur transpercé, et acceptant de les partager.
Mieux, nous sommes appelés à les aimer. Oui, nous sommes appelés à aimer l’humiliation, à aimer l’injustice, à aimer la souffrance, à aimer la mort, mais cela n’est possible que si nous les recevons, dans l’amour. Une telle affirmation est dure et difficile à accepter, en un temps de recherche effrénée du plaisir et de la vie facile. Mais, une telle affirmation était tout aussi dure pour les contemporains du Christ. « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu », disaient Paul et Barnabé aux nouveaux disciples du Christ. Le monde ne peut pas, j’oserai dire aussi qu’il ne veut pas recevoir cette annonce-là.
Etre disciples du Christ, c’est pourtant entrer dans cette voie-là, c’est la recevoir et la vivre. C’est aimer le Christ au point de Le laisser vivre en nous, et porter avec Lui le mystère du mal qui nous écrase et que seul l’Amour du Christ nous permet de supporter.
Il nous faut entrer dans le Cœur de Jésus si nous voulons recevoir cet essentiel dans notre aujourd’hui. C’est là le message discret de notre frère Marie-Joseph. C’est aussi celui très explicite, d’un autre moine, Frère Raphaël, moine d’une abbaye espagnole, San Isidro, fondée par notre communauté du Désert. Benoît XVI l’a inscrit au calendrier des Saints, le 11 octobre dernier. Ce frère Raphaël a traduit très heureusement, dans ses méditations, très peu de temps avant sa mort, ce dur message de la Croix qu’il recevait, dans l’amour : il était alors épuisé, seul, dans l’infirmerie de son abbaye. C’est ainsi qu’il écrivait, s’adressant au Seigneur : « je sais…Une voie intérieure, très suave, m’explique tout ; je sens en moi quelque chose qui vient de toi et que je ne sais pas définir, qui me déchiffre tant de mystères que l’homme ne peut pas comprendre. Moi, Seigneur, à ma manière, je comprends tout…C’est l’amour…Tout est là…Je le vois, Seigneur, je n’ai plus besoin de rien…C’est l’amour ! »
Que l’Esprit de Jésus nous donne de comprendre cette même réalité : nous n’avons besoin de rien sinon l’amour !F. J-M
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