Homélie

pour le 4ème dimanche de Carême

14 mars 2010 (C)

 

En cette mi-carême, nous sommes aujourd’hui au dimanche de Laetare, le dimanche de Réjouissez-vous, premier mot du chant d’entrée dans le missel romain, qui reprend un passage du prophète Isaïe : « Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui portiez son deuil ! Ainsi vous serez nourris et rassasiés de l’abondance de sa joie. » Pour marquer cette joie, l’Église permet à l’orgue de s’exprimer librement, en dehors de l’accompagnement des chants, comme nous l’entendrons tout à l’heure.

Quelle est donc cette joie qui traverse la liturgie de ce dimanche ? Est-ce le pressentiment du printemps avec la venue d’un temps plus clément ? Ce n’est pas exclu, surtout en cette année où l’hiver se prolonge au-delà des limites habituelles, malgré le réchauffement climatique. Mais la joie de ce jour, c’est déjà la joie de Pâques, la joie de la Résurrection, qui traverse ce long Carême, notre marche dans le désert. Saint Benoît, dans sa Règle, tout en nous demandant de retrancher les bouffonneries et les plaisanteries, ne nous exhorte-t-il pas à attendre la sainte Pâque dans la joie du désir qui vient de l’Esprit Saint ?

Cette joie, nous la devinions déjà dans la 1ère lecture, où nous voyons les Israélites, guidés par Josué, Yehoshua, c’est-à-dire Jésus, successeur de Moïse, au terme de leur longue marche au désert et après le passage du Jourdain, célébrer leur 1ère Pâque en Terre promise. Il est bon de nous rappeler que la Pâque de notre Seigneur Jésus, notre fête de Pâques, s’inscrit dans la continuité de la Pâque des fils d’Israël, dans le passage d’une terre d’esclavage à une terre de liberté, des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie.

 De la mort à la vie : nous sommes rendus au cœur de l’Évangile de ce jour, de tout l’Évangile. Deux fois le père du prodigue nous l’a dit, d’abord à toute la maisonnée : « Mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. » Puis au fils aîné qui refuse d’entrer : « Il fallait bien festoyer et se réjouir, car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. » A deux reprises aussi, il nous est dit du prodigue qu’il se relève  pour retourner chez son père, un mot que malheureusement la traduction de notre lectionnaire escamote : « Me relevant, je retournerai chez mon père… Se relevant, il partit pour aller chez son père. » Ce mot, en grec anastas, est l’un de ceux que l’Évangile utilise pour Jésus se relevant, ressuscitant d’entre les morts.

« Il fallait bien festoyer et se réjouir. » N’est-ce pas la joie de Dieu le Père accueillant son Fils relevé, ressuscité d’entre les morts, et avec lui tous ses frères qu’il a relevés, remis debout, que nous dépeint cet Évangile ? Ce Fils aîné d’une multitude de frères, à l’inverse de celui de la parabole, n’est pas jaloux de l’accueil réservé à ses cadets ; au contraire, c’est lui qui nous crie : « Je vous en supplie, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Moi qui n’avais pas connu le péché, j’ai été pour vous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à moi, vous ayez part à la sainteté, à la joie de Dieu. »

« Frères, proclamait saint Paul, si quelqu’un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. » Entrons résolument dans cette nouveauté, laissons-nous réconcilier avec Dieu et avec nos frères. Avec le Christ, notre Frère aîné, relevons-nous d’entre les morts, car c’est la joie de notre Père de nous voir vivants, remplis de cette vie de l’Esprit que Jésus nous a obtenu en mourant pour nous sur la croix et en se relevant d’entre les morts. Laetare, Réjouissez-vous avec Jérusalem, avec tous ces frères et sœurs aînés, eux aussi pécheurs réconciliés, qui nous ont précédés dans la Jérusalem d’en-haut, dans la joie du Père

 

F. G

 

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