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Homélie pour le 3ème dimanche de Carême 7 mars 2010 (C) |
En ce troisième dimanche de Carême, Jésus nous convoque pour nous poser les bonnes questions.
Spontanément en effet, devant un malheur, une injustice, un drame, nous sommes enclins à charger les personnes, victimes de cette situation. En fait, souvent, pour nous, la prise de conscience de nos imperfections et la rapidité avec laquelle nous voyons celles de nos frères, appellent un juste châtiment. Tout malheur devient alors une réponse de Dieu au péché de la victime.
Cette façon de voir, de juger, est tout aussi vraie aujourd’hui qu’elle ne l’était du temps de Jésus. C’est bien la question de ceux qui viennent Le trouver après qu’Hérode ait fait massacrer des Galiléens offrant le sacrifice. Jésus saisit bien la question qui taraude leur cœur: « pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pêcheurs que tous les autres Galiléens pour avoir subi un tel sort ? » Pourtant, Il ne les accuse pas de manquer de compassion. Simplement, Il reprend leur erreur : « eh bien non, je vous le dis. » Et pour insister encore sur le caractère universel de Son affirmation, Il rappelle aussi l’épisode de la chute de la tour de Siloë. Pour ces dix-huit personnes, ensevelies par les décombres, facilement jugées coupables de leur sort, Jésus martèle : « eh bien non, Je vous le dis. »
Et si ces malheureux ne sont pas plus pécheurs que quiconque, leur sort peut toucher aussi ceux qui veulent se rassurer, ceux qui se croient suffisamment justes pour échapper à un malheur semblable. Pour Jésus, ces drames ne sont là que pour rappeler la nécessité de la conversion : « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux. » Il n’y a donc qu’un péché aux yeux de Jésus : ne pas nous convertir. C'est-à-dire, ne pas nous tourner vers Dieu, sans cesse, car la conversion n’est pas un geste accompli une fois pour toutes mais une attitude permanente, un choix de vie.
L’incompréhension, voire l’incrédulité des auditeurs de Jésus devait être bien forte puisque l’évangéliste Luc montre Jésus illustrant Son affirmation par le récit de la parabole du figuier stérile. Jésus est le vigneron qui intercède auprès du Maître de la vigne : Il nous donne d’apprendre comment porter du fruit afin de ne pas subir le juste châtiment.
A l’écoute de l’évangile de St Luc, Il devient ainsi plus facile pour nous, aujourd’hui, de comprendre que la seule façon de porter du fruit est de nous convertir, de nous tourner sans cesse vers Dieu. Comme le dit si bien Thérèse de l’enfant Jésus :
« Ah je le sais bien, toutes nos justices,
N’ont devant tes yeux aucune valeur.
Pour donner du prix à mes sacrifices,
Je veux les jeter en Ton divin cœur.»
Elle avait tout compris de la justice de Dieu. Pour être juste, pour être, tout simplement, elle ne pouvait qu’être tournée vers Celui qui est la source de toute justice, Celui qui est la source de tout être, car Il est « Celui qui est. »
Telle est la sainteté à laquelle nous sommes appelés. Telle est la seule vie possible, la vraie. La joie à la quelle nous sommes convoqués, tout spécialement en ce temps de Carême, est là ! Il nous importe de nous laisser saisir par la Seule Vérité, le Seul but de nos vies : Dieu ! Et Dieu Seul, Dieu avant tout, Dieu sans cesse, Dieu pour vivre, Dieu pour être, Dieu pour aimer. Tout le reste n’est que littérature! Elle l’avait bien compris Thérèse de Lisieux, mais aussi nos frères Rafaël de San Isidro, en Espagne, notre petit frère Marie-Joseph, et tant d’autres saints et bienheureux.
Si nous nous fions à nous-mêmes, nous croyons savoir ce qui est juste, nous croyons savoir aimer, nous croyons être capables d’exister par nous-mêmes. Les coups durs, les malheurs, qui ne manquent pas de s’abattre sur toute existence nous apprennent vite que ce n’est que leurre. La vraie conversion est ce long apprentissage du total abandon à cette confiance. Oui, Dieu nous aime d’un Amour que nous ne comprenons pas, d’un Amour qui est mystère.
Fr. J-M.
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