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Homélie pour le 3ème dimanche de Pâques 18 avril 2010 (C) |
Le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : “C’est le Seigneur ! Ho Kyrios estin !” On pourrait aussi traduire : “Le Seigneur, c’est lui !” Sommes-nous bien conscients de tout le poids de nouveauté contenu dans ce cri du disciple ? Ne sommes-nous pas trop habitués à parler du Seigneur Jésus pour réaliser combien cette nouveauté vient bouleverser leurs catégories de croyants d’Israël, et toute leur vie ?
Pour un fils d’Israël, le Seigneur, c’est Celui qui s’est révélé à Moïse sous ce Nom ineffable au Sinaï, dans la flamme du buisson qui brûlait sans se consumer. C’est lui l’Unique, le seul que l’on doit adorer, lui que l’on doit aimer de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force. C’est lui le Dieu qui accomplit des merveilles, qui a arraché son peuple à la tyrannie de Pharaon, l’a conduit et nourri au désert, l’a introduit dans la Terre promise. Comment le reconnaître en un homme que les chefs du peuple ont rejeté et livré aux Romains pour le faire exécuter ? N’est-ce pas le comble du blasphème que d’appeler le Seigneur, celui qui, en mourant sur une croix entre deux brigands, a encouru la malédiction de la Loi de Moïse : « Maudit soit quiconque est pendu au gibet » ?
Il a fallu que l’Esprit souffle fort, pour que Pierre, le renégat, qui se terrait avec ses compagnons, ose proclamer devant le grand conseil d’Israël : « Ce Jésus, que vous aviez exécuté en le fixant sur une poutre de bois, c’est lui que Dieu, par sa puissance, a élevé en faisant de lui le Premier, le Sauveur » (1ère lecture). Pour que Jean, le voyant de Patmos, contemplant l’Agneau immolé, lui rende le même hommage qu’au Dieu unique et trois fois saint : « A celui qui est assis sur le trône, et à l’Agneau, bénédiction, honneur, gloire et domination pour les siècles des siècles » (2ème lecture). Pour que Thomas – nous l’entendions dimanche dernier - , saisi à la fois de crainte sacrée et d’amour fou devant les blessures du Ressuscité, s’écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Pour qu’aujourd’hui, le disciple bien-aimé dise à Pierre : « C’est le Seigneur !... Le Seigneur, c’est lui ! ».
Toutes ces apparitions de Jésus ressuscité sont autant de théophanies, de manifestations de Dieu. Mais ce n’est plus dans la flamme du buisson, dans l’ouragan et le tremblement de terre, que Dieu manifeste sa Gloire. C’est dans la simplicité de cet homme qui, comme une mère, hèle ses enfants, s’inquiétant de savoir s’ils ont de quoi manger, et leur prépare un repas sur le rivage. C’est dans ce mendiant d’amour : « Simon, est-ce que tu m’aimes vraiment ? », qui, par trois fois, sollicite la réponse qui efface le triple reniement, et invite à le suivre jusqu’au bout dans ce don de l’amour : « Quand tu seras devenu vieux, tu étendras les bras, et c’est un autre qui te mettras la ceinture pour t’emmener là où tu ne voudrais pas ».
Dimanche dernier, Thomas était guéri de son incrédulité en contemplant les blessures de son Seigneur. Aujourd’hui, Pierre est invité à présenter les siennes à Jésus, pour qu’il se révèle comme le Seigneur qui guérit et relève celui qui est tombé. C’est au cœur de nos propres blessures que Jésus vient aujourd’hui manifester qu’il est le Seigneur. Il nous montre ses plaies, montrons-lui les nôtres, surtout en cette Eucharistie où il nous partage, non plus le pain et le poisson, comme au bord du lac, mais son Corps et son Sang. Il pourra alors manifester en nous sa toute-puissance d’amour et de pardon, et nous lui chanterons, avec le psalmiste, ce que lui-même a chanté à son Père au jour de sa Résurrection :
« Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse. » (Psaume Responsorial)F. G
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