Homélie pour le

1er dimanche de Carême

21 février 2010 (C)

 

Frères et Sœurs,

Je voudrais vous inviter à entrer dans la joie de Jésus afin d’être forts comme lui le fut.

Le récit évangéliaire que vous venez d’entendre fait suite au baptême de Jésus où un événement d’une très grande importance a marqué le Seigneur. En effet, Jésus a été rempli d’Esprit Saint et le Père lui a dit tout son amour.

C’est à l’homme Jésus que cela fut adressé. Ce n’est pas au Fils éternel du Père qui est dans le sein du Père que cela fut dit. C’est à l’humanité de Jésus que le Fils a assuré que la Parole fut adressée. Oui, si nous croyons que le Verbe s’est incarné, nous devons admettre que l’humanité de Jésus a grandi dans la conscience de ce qu’elle était. L’homme de Nazareth se sait le Fils du Père, nous le voyons quand il est au temple à l’âge de 12 ans. Mais cette conscience n’est pas statique. Elle continue à se développer, à grandir. Jésus vient de vivre un grand instant de bonheur. Il est aimé de son Père. Il est rempli d’Esprit Saint.

Le voilà établi dans identité pour accomplir sa Mission. Il y a un avant et un après, Jésus ne retourne plus à Nazareth. Il cesse d’être charpentier. Il devient un prédicateur itinérant.

J’aime me repérer à notre vécu humain pour comprendre Jésus. Nous avons tous  dans nos vies  des moments de très grande joie, de très grande lumière ; des moments qu’on n’oublie pas, car ils orientent notre vie comme la découverte d’un véritable amour, la découverte de la foi en soi, de la foi en Dieu, d’un appel, d’une mission. Durkheim les appelle les heures étoilées de nos vies. Ce sont des moments qui nous donnent de dépasser la triple angoisse humaine : l’angoisse de l’anéantissement, l’angoisse de la solitude affective, l’angoisse des non-sens.

Jésus vient de vivre une grande heure étoilée, mais ces heures étoilées qui nous façonnent, nous structurent, nous tout être, connaîtront la tentation car celle-ci fait partie de la vie. Et ici le démon, personnification du mal va s’accrocher à Jésus pour gauchir, déformer la grâce reçue.

Il va le tenter en lui disant : ‘ Si tu es le Fils de Dieu’ tire un profit de cela –Tu as faim ? Change cette pierre en pain. Prends le pouvoir à la manière des potentats et des dictateurs en te mettant à genoux devant l’argent, la volonté de pouvoir, la puissance. Fais un geste spectaculaire, épate la foule.

Et à chaque proposition Jésus répond non. C’est comme s’il disait : « Dieu en mon humanité est lui seul mon bonheur. C’est cela que je suis venu dire et annoncer aux hommes. C’est pour cela que, Fils de Dieu, je me suis incarné. Non seulement faire ce que tu me dis, c’est me moquer de Dieu, mais c’est aussi me mettre en dehors de l’humanité que je suis venu épouser. C’est empêcher les hommes de trouver Dieu dans leur vie humaine, d’accéder à la vie divine dans leur humanité. »

Remarquez que Jésus a fait des miracles, mais ce sont des signes pour attester une tendresse. Ce n’est pas par des miracles que Jésus va nous convaincre, c’est par un amour qui va jusqu’au bout. Jésus ne va pas nous révéler Dieu par une puissance divine qui arrange tout de l’extérieur de façon magique, ce qui plait à l ‘homme irresponsable et enfantin qui sommeille en nous. Il va nous dire Dieu à travers un amour extrême rempli de vulnérabilité, car l’amour est vulnérable.

Nous entrons en carême pour creuser notre foi, la rendre plus vivante, pour que le bonheur de connaître Jésus et d’être avec lui enfants du Père, imprègne davantage notre personne. Par la prière, l’amour de charité et la pénitence nous espérons arriver à une meilleure compréhension de la Croix du Christ ceci est scandale pour les juifs et folie pour les païens, et de sa résurrection qui est la présence silencieusement offerte à Dieu, source de vie véritable  en chacun et chacune d’entre nous.

Que notre foi devienne plus vigoureuse, que nous soyons fiers d’être disciples de Jésus.

 

Père Sébastien Falque, o.f.m 

 

 

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