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Homélie pour le 11ème dimanche du temps ordinaire 13 juin 2010 (C) |
Les dernières phrases de la page d’Evangile de Luc sont la première mention, dans tous les récits évangéliques, d’une femme nommée « Marie, appelée Madeleine », appartenant à l’entourage rapproché de Jésus.
Première nommée d’un groupe de femmes qui « aidaient de leurs ressources » Jésus et ses disciples,… elle est aussi celle dont l’évangéliste précise qu’elle « avait été libérée de sept démons » c’est à dire d’une puissance malfaisante infinie qui la dominait. Les femmes de ce groupe sont du reste toutes présentées comme « délivrées d’esprits mauvais et guéries de leurs maladies »
Il est permis de penser que la mention faite par Luc de ces femmes, juste après le récit du repas chez Simon, atteste que cette même Madeleine vient mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Or, Simon le Pharisien ne parle pas de Marie comme d’une malade ou d’une possédée, mais comme d’« une pécheresse »: « si cet homme était un prophète, il saurait bien qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est :’une pécheresse’ ». Dans l’esprit de Simon, comme sans doute dans celui des pharisiens du temps de Jésus, péché, maladie, possession, sont bien apparentés, peut-être synonymes.
Les gestes de Marie nous apprennent alors beaucoup sur la manière dont elle va s’ouvrir à sa guérison. A-t-elle déjà rencontré Jésus ? Ont-ils parlé, comme Jésus a parlé à la Samaritaine ou à la femme adultère ? Peut-être ! Ou bien plutôt, me semble-t-il, a-t-elle seulement été sensible à la renommée de cet homme, mystérieux et jeune? Les paroles de Jésus, qu’on lui a rapportées, sont venues remplir son cœur, assoiffé d’un désir qu’elle connaît bien. Elle retrouve alors ce qu’elle connaît : les gestes et les attitudes de l’amour qu’elle pressent devant ce désir. Peut-être même, comme ici, la semaine dernière, les Laïcs Associés du Désert, a-t-elle médité la phrase de l’Epouse du Cantique : « entraîne moi sur tes pas et nous courrons à l’odeur de tes parfums » ? Peut-être donc son cœur était-t-il préparé à cet élan, par la Parole de Dieu ? Alors, les pieds de Jésus, salis par la poussière du chemin, sont là pour son désir à elle, femme bouleversée par la distance qui la sépare de cet homme.
Distance qu’elle mesure au prix de ses larmes. Sur quoi pleure-t-elle ? Sur qui pleure-t-elle ? Peut-elle entrevoir l’Amour de ce Jésus de Nazareth sans, aussitôt, dans un même élan, mesurer ce qui l’en sépare ? Les larmes de Marie nous disent tout, de son cœur, où il n’y a pas place, à la fois pour Jésus et pour la distance qui la séparait de lui, dans la vie qu’elle menait jusqu’à présent. Il n’est même pas interdit de penser que son cœur de femme ait saisi, dès à présent, la souffrance infligée, au cœur de Jésus Lui-même, par son péché à elle. Entre ces deux êtres, la circulation de l’Amour trouve des chemins rectilignes. En effet, cette première onction, chez Simon le Pharisien, conduit notre cœur à l’Onction de Béthanie, au Mystère Pascal, mystère de Mort et de Résurrection qu’est le pardon des péchés.
Oui, la liturgie de ce jour, à la suite de Marie-Madeleine, ouvre notre cœur au chemin de l’Amour, seul chemin de Vie, face « au péché qui nous entrave si bien ». Péché qui n’est pas désobéissance à une Loi, mais destruction de notre cœur aimant, doute insinué en notre être profond, sur la réalité de l’Amour, devant tous les échecs apparents de l’Amour dans nos vies.
Mais nous croyons que l’Esprit Saint nous habite. Cet Esprit, St Bernard nous le définit ainsi : « entre le Père et le Fils, l’Esprit Saint est la paix inaltérable, l’amour indivisible, l’unité inséparable ».
Que la grâce de ce jour garde notre cœur de toute division ; qu’elle le garde tout entier pour Jésus qui, Seul, nous libère du péché ! Ainsi, comme Marie-Madeleine, sans souci d’un monde qui ne reçoit pas les gestes de l’Amour, tant il reste prisonnier de la Loi, « nous courrons à l’odeur des parfums » de l’Aimé. Marie-Madeleine, pardonnée, justifiée par son amour : « ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés…à cause de son grand amour » nous ouvre au mystère de Pâques. Jésus a pris sur Lui le péché du monde, une fois pour toutes, afin que nous ne perdions jamais confiance en la miséricorde de Dieu. Notre péché lui-même nous conduit à Dieu si nous savons, en Eglise, garder confiance en l’Amour plus grand que tout. Marie-Madeleine, justifiée, entourée d’autres pécheresses, a désormais suivi Jésus et ses disciples, jusqu’au bout, « les aidant de leurs ressources », c'est-à-dire de tout ce qu’elles pouvaient faire, donner, ou être, dans la lumière de la Bonne Nouvelle du Salut.
Oui, le pardon de Marie-Madeleine chez Simon le Pharisien nous conduit par l’Amour à la joie du service en Eglise.
F. J-M
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