Homélie pour la Saint Joseph

19 mars 2009 (B)

 

 

« Vois combien nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi. »

 Si quelqu’un est bien placé pour connaître l’origine divine de Jésus, c’est bien Marie, sa mère. Pourtant, le plus naturellement du monde, elle parle de Joseph comme du père de Jésus, sans y ajouter l’épithète de “nourricier” ou de “présumé”, comme on l’a souvent fait. L’évangéliste Luc a d’ailleurs parlé précédemment du “père et de la mère” de l’enfant. Pour lui, bien qu’il ne l’ait pas engendré selon la chair, Joseph est réellement un père pour Jésus.  En accueillant dans la foi, comme Marie, l’annonce de la venue du Fils de Dieu parmi les hommes, il lui est donné comme père devant les hommes, et même devant Dieu, pour reprendre les mots que Paul applique à Abraham (dans la 2ème lecture) : « Il est son père devant Dieu en qui il a cru ». Ce que le Seigneur annonçait à David à propos de ce lointain héritier qu’il lui promettait, Joseph pourrait le reprendre à son compte : « Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils ».

« Vois combien nous avons souffert » : Joseph souffre avec Marie, avec elle il est dans l’angoisse. Elle souffre avec son cœur de mère, lui avec son cœur de père. Le lien affectif qui l’unit à cet enfant est très fort. Dès que le petit Jésus a commencé à balbutier, Marie lui a appris, en regardant Joseph, à l’appeler papa, abba dans leur langue. Joseph en retour, sans aucun complexe, a exercé sa paternité vis-à-vis de cet enfant à lui confié. Après avoir pris soin du tout-petit faible et sans défense, il a éduqué le jeune garçon à sa vie d’homme et de croyant en Israël. En observant Joseph dans son travail, en recevant ses conseils, Jésus a appris son métier de charpentier. En l’accompagnant à la synagogue le jour du sabbat, à Jérusalem pour les grandes fêtes, en le regardant prier, à la maison ou au Temple, Jésus a appris à faire passer l’amour filial pour son Père des cieux à travers les mots et les gestes de la foi de son peuple. Déjà, dans sa bouche et dans son cœur, les antiques prières d’Israël prenaient une sens nouveau, leur sens plénier : « Tu ne demandais ni holocauste ni victime ; alors j’ai dit : Voici, je viens pour faire ta volonté… Père, entre tes mains je remets mon esprit ».

« Jésus, en regardant Joseph, verra l’image du Père », chantions-nous ce matin aux Laudes. Saint Bernard, dans son Traité sur les degrés de l’humilité, s’appuyant sur la Lettre aux Hébreux, nous enseigne que le Christ, en prenant notre condition d’homme, est venu apprendre la miséricorde sur un mode nouveau. Lui qui, avec le Père et l’Esprit Saint, est le Miséricordieux, en assumant notre misère, a appris à compatir aux faiblesses et aux souffrances de ses frères, à leur manifester l’éternelle tendresse de Dieu dans un cœur d’homme. Ne pourrait-on pas dire tout autant qu’en regardant et en aimant Joseph comme un enfant regarde et aime son père, il a appris sur un mode nouveau sa relation filiale envers son Père des cieux ? Il a pu traduire ainsi, à travers nos mots et nos sentiments humains, ce qu’il vit éternellement au cœur de la Trinité, cet échange d’amour entre le Père et le Fils auquel il est venu nous associer.

« Qui m’a vu a vu le Père », répondra Jésus à Philippe au cours du dernier Repas. N’est-ce pas ce que, humblement et silencieusement, dans l’échange d’un regard, Joseph dit à Jésus tout au long de ces années de vie cachée à Nazareth : « Jésus, en regardant Joseph, verra l’image du Père ». A travers tout ce qu’il voit de ce père terrestre, Jésus pourra nous parler de son et notre Père céleste : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait… Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ».

« Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être ». Cette parole, Joseph, doit te sembler dure ; ne te sens-tu pas rejeté par cet enfant que tu as entouré de ta discrète tendresse, auquel tu as transmis les mots de la foi, que tu inities déjà à son métier d’homme ? Tu ne peux encore comprendre toute la profondeur du Mystère caché en ce garçon de douze ans et qui ne se révèlera que dans une vingtaine d’années, lors d’une autre Pâque, la sienne, la véritable, la définitive. Mais c’est en te regardant, en t’aimant comme un père, qu’il a trouvé les mots humains pour nous parler de cette relation ineffable qui, dans la communion de l’Esprit, l’unit à son Père des cieux. Tu n’as pas arrêté sur toi le regard de cet enfant, de cet adolescent, mais tu le renvoyais à ce Père chez qui il devait être, vers qui il est tourné de toute éternité.

Puissions-nous, à ton image et à ta prière, être des pères les uns pour les autres, refléter quelque chose de ce Père des cieux à qui Jésus nous demande de ressembler. Ne pas arrêter sur nous le regard de nos frères, mais le renvoyer à ce Père de notre Seigneur Jésus Christ qui, dans l’Esprit, nous comble de toutes bénédictions sur la terre comme au ciel.

 

Fr. G.

 

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