Homélie pour la fête

des Saints Pierre & Paul

29 juin 2009 (B)

 

Tu es Pierre, et sur cette pierre Je bâtirai mon Église. » (Mt.16, 18)

Quelle promesse ! Quel avenir ! « La puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux. » (Mt.16, 18-19) Pas moins que cela ?  Eh bien, non. Jésus choisit Pierre et lui donnera ce qu’il faut pour “affermir ses frères”. (Lc 22, 32) Il ne s’arrête pas plus aux limites de ce pauvre pêcheur qu’à nos propres limites. « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. » (Lc 5, 10)

Quel encouragement pour chacun de nous ! Quel que soit ce que le Seigneur attend de nous, quelle que soit notre propre vocation, dans le monde ou dans la vie consacrée, Il ne nous demande que de la bonne volonté, quitte à regretter nos manquements.

Regardez ce pauvre Simon. Certes, il a été surpris, probablement heureux et honoré, de ce que le Rabbi monte dans sa barque et « lui demande de s’éloigner un peu du rivage [pour] enseigner la foule (Lc 5,3) ; mais bien plus surpris encore, lui, le pêcheur chevronné, d’être prié de jeter ses filets en pleine journée, alors que « nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre. » (v.5)  Cependant il a eu le mérite de s’exécuter et la pêche miraculeuse l’a “saisi d’effroi” (v.9). Peu après, comble de la surprise des apôtres, Jésus, marchant sur les eaux, les rejoint en pleine nuit et invite Pierre à venir à lui : lui un homme de la mer sur les flots !  Pas étonnant que « voyant qu’il y avait du vent, il prit peur et…commença à s’enfoncer… : “Seigneur, sauve-moi !”… – “Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?” » (Mt.14, 30-31)  Ah ! Seigneur, comment ne pas être déconcerté ?  Et pourtant « si vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde… vous seriez capable de déplacer les montagnes ! » (Mt.17, 20) Capables vous et moi, tout comme Pierre !  Aussi pouvons-nous croire en Jésus.

Et ce n’est pas tout. Jésus instruit progressivement les siens et provoque la profession de foi de Pierre, d’où Sa réponse célèbre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre Je bâtirai mon Église. »  Vraiment les limites de Pierre ne L’effarouchent nullement !  D’autant que le Seigneur enchaîne en préparant ses disciples au mystère de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Réaction fougueuse de notre Pierre : « le prenant à part, il se mit à Lui faire de vifs reproches : “Dieu t’en garde, Seigneur !” »  Ce qui lui vaut d’essuyer le terrible : « Passe derrière moi, Satan ! »  Pourquoi ? « Tu es un obstacle sur ma route, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mt.16, 22-23)

Eh, Seigneur ! N’y vas-Tu pas un peu fort, pourrions-nous nous écrier !  Mais non, mes enfants ! Il fallait bien remettre le brave Pierre sur le bon chemin : faire la volonté du Père. Pour l’homme trépide et sûr de lui qu’était Paul, il a fallu employer les grands moyens : le faire trébucher par terre, le faire renoncer à ce qu’il avait décidé, le rendre si faible qu’il ne pût entrer à Damas que conduit par la main, et encore attendre trois jours dans le jeûne et la pénitence qu’Ananie vienne lui révéler ce que le Seigneur attendait de lui.

Pierre aussi avait besoin d’apprendre combien Satan s’acharne à détourner de Dieu, à semer le doute, la division, l’aveuglement… « Pierre, tes pensées ne sont pas celles de Dieu. » Il lui faut découvrir Son dessein de salut, et faire l’expérience de son triple reniement, avant le triple et merveilleux « Pierre, m’aimes-tu ? Est-ce que tu m’aimes vraiment ? »  Et de la tendre invitation du Seigneur : « Venez déjeuner ! »  Bien sûr, à son exemple, dès que nous percevons un « C’est le Seigneur ! », jetons-nous à l’eau et courrons à Lui, rien d’autre ne compte plus, rien que le suivre et être avec Lui.

« Tu es Pierre, et sur cette pierre Je bâtirai mon Église, » lui a dit Jésus, Lui qui savait fort bien les limites de celui qu’Il a choisi comme pierre de base de l’Église !  Encore une fois, quel encouragement pour chacun de nous !  Le Seigneur n’ignore ni nos faiblesses, ni nos chemins de traverse. Pourtant Il nous appelle un par un dans la construction de Son grand œuvre. Rendons-Lui donc grâce !

 

F. P.

 

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