Homélie pour

le dimanche de la Pentecôte

31 mai 2009 (B)

 
Souffle, Source vive, Feu : autant d’images utilisées par la Liturgie, puisées dans les Livres sacrés et dans le grand Livre de la nature, pour essayer de dire l’Esprit Saint, celui dont ne sait ni d’où il vient, ni où il va, et dont nous célébrons en ce 50ème jour après Pâques le venue sur les Apôtres réunis avec Marie, mère de Jésus, dans la chambre haute. Dans l’Évangile de ce jour, Jésus nous le présente sous d’autres noms, inspirés plutôt du vocabulaire judiciaire. L’Esprit de vérité qu’il promet aux disciples est Paraclet, c’est-à-dire défenseur, avocat, protecteur. Il est aussi Témoin : « Quand viendra le Défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur ». Ce témoignage rendu par l’Esprit, nous pouvons le situer à trois niveaux, mais qui se compénètrent mutuellement : au cœur de la Trinité, dans le Christ, en nous.

Au cœur de la Trinité, l’Esprit est le témoin de l’échange ineffable entre le Père et le Fils. « L’Esprit scrute tout, nous dit Paul, même les profondeurs de Dieu… Nul ne connaît ce qui se passe en Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu » (I Cor. 2,11). Il n’est pas un témoin extérieur, quelqu’un qui aurait vu du dehors et voudrait nous donner un rapport aussi précis et objectif que possible de ce qu’il a pu constater. Il est au cœur de cet échange éternel d’amour entre le Père et le Fils. Il le voit et il le fait, il en est témoin et acteur. Il ne trouve même sa personnalité, son hypostase comme disent les théologiens, que dans cet échange. Il se trouve, il trouve son identité en se perdant totalement, Amour qui passe tout entier du Père dans le Fils et qui reflue du Fils vers le Père. Il y a au sein de la Trinité, nous explique Christian de Chergé, comme un “martyre” de l’Esprit Saint : « Si l’Esprit Saint est le “martyr” par excellence, c’est parce qu’il est le don vivant que le Père et le fils se font mutuellement de tout ce qu’ils sont ». Souvenons-nous que c’est le même mot grec, martuV, qui désigne le témoin et le martyr.

Son témoignage, l’Esprit le prolonge dans l’Incarnation du Fils de Dieu et à travers toute son œuvre rédemptrice. Là encore, il est témoin et acteur. Témoin du don que le Père nous fait de son Fils, mais le réalisant en couvrant de son ombre la Vierge Marie. Témoin au Jourdain de la relation unique entre le Dieu trois fois saint et cet homme qui s’est avancé au milieu des pécheurs pour recevoir le baptême de Jean : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi tout mon amour, toute ma joie ». La colombe qui vient reposer sur Jésus de Nazareth témoigne de la relation inouïe que Dieu vient nouer avec notre humanité à travers celui qu’on appelle le fils du charpentier, et l’Esprit est lui-même ce lien d’amour que rien ne pourra plus briser. Pas même la mort du Bien-Aimé sur la croix, c’est encore l’Esprit qui en est le témoin, nous dit Jean dans sa 1ère lettre : « Ils sont trois à rendre témoignage : l’Esprit, l’eau et le sang, et leur témoignage ne fait qu’un. » Et quel est-il, ce témoignage ? « Dieu nous a donné la vie éternelle et cette vie est dans son Fils », dans cet homme cloué au bois du supplice, dans l’Agneau qui porte et enlève le péché du monde. Ici également, l’Esprit est témoin-martyr. Jean écrit qu’après avoir dit que tout était accompli, Jésus « inclina la tête et livra l’Esprit » : le Père a livré son Fils, le Fils s’est livré pour nous et il nous livre ce qu’il a de plus précieux, ce lien d’amour éternel qui l’unit à son Père. Pour que nous soyons introduits dans l’échange trinitaire, l’Esprit accepte d’être livré ; son témoignage devient don total de lui-même, il se répand comme l’eau et le sang pour donner à l’humanité une vie nouvelle, un nouveau souffle.

Ce Souffle Saint, Jésus le répand déjà au soir de Pâques sur les disciples verrouillés dans le cénacle. Aujourd’hui, il le leur envoie sous la forme de ces langues de feu qui viennent reposer sur chacun d’eux. L’Esprit-Témoin, Souffle et Feu, vient déverrouiller leurs cœurs et leurs bouches pour en faire les témoins des merveilles de Dieu, de ce qu’ils ont vu et entendu, de ce que leurs mains ont touché : « Il s’agit du Verbe de la Vie, car la Vie s’est manifestée, nous l’avons vue et nous en sommes les témoins ; nous vous l’annonçons, cette Vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous », écrira Jean. Et Pierre déclarera : « Nous sommes témoins de ces évènements, nous et l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. » L’Esprit Saint poursuit son témoignage dans et à travers les disciples de Jésus, tous ceux qui vivent sous la conduite de l’Esprit et n’obéissent pas aux tendances égoïstes de la chair, produisant ainsi les fruits que Paul nous énumérait dans la 2ème lecture : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. » Tel est le témoignage-martyre que, même s’il n’est pas sanglant, chacun de nous est appelé à donner au fil des jours : « Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses tendances égoïstes. Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit. »

 

F. G.

 

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