Homélie pour la messe

de la nuit de Noël

24 décembre 2008 (B)

 

 

Nous veillons cette nuit pour célébrer ensemble la Sainte Nuit de notre délivrance. C’est que, cette nuit, un Sauveur nous est né, un Dieu nous est donné. Oui, Dieu se donne à nous. Dieu vient jusqu’à nous. Cette nuit, mieux, chaque nuit, plus encore, chaque nuit de notre vie !

Mais en fait, pourquoi célébrer cette nuit plus particulièrement ? Et que célébrons-nous exactement ? Quel est le Dieu que nous célébrons ?

Ces questions ne sont pas superflues, ni inutiles. Elles nous sont presque imposées par la liturgie de cette nuit.

Isaïe, en effet, use d’images empruntées au langage guerrier. Pour lui, la venue du Sauveur revêt les caractères d’une grande victoire, dont les manifestations sont comparables à celles de soldats qui reviennent victorieux du combat, fiers d’avoir écrasé leurs ennemis.

Que vient nous dire la liturgie de cette nuit en nous offrant ce tableau sanguinaire et brutal de la première lecture ? Quelle commune mesure avec la naissance de Jésus telle que nous la décrit St Luc? Comment comprendre alors, au cœur de la nuit, l’arrivée cachée, inaperçue, fragile, d’un tout petit enfant que ses parents ne peuvent même pas accueillir dans leur maison ? Naissance qui survient dans une situation humaine de parfait déséquilibre !

En apparence, les deux textes n’ont rien à voir l’un avec l’autre.

Seule notre Foi  nous dit  que c’est le même Dieu qui a parlé par la bouche d’Isaïe et qui a choisi de venir nous rejoindre dans notre condition humaine la plus fragile.

Quelques bergers seulement sont conviés à venir adorer Celui que l’Ange annonce : « Il est le Messie, le Seigneur ». Nous sommes loin du « peuple qui marchait dans les ténèbres » et qui « a vu se lever une grande lumière ».

Oui, vraiment, notre Dieu nous déconcerte toujours : Il ne vient jamais à nous comme nous l’attendons.

Au cœur de nos situations humaines les plus fragiles, les plus désespérées, alors même que rien ne semble prêt à L’accueillir, oui, alors, Il vient. Il vient comme un petit enfant, dans le silence de la nuit, caché, humble, sachant bien qu’Il fait une folie. Folie pour Lui de quitter sa patrie céleste, pour prendre la condition de ces hommes  à la tête dure et au cœur obstiné. Oui, folie de Dieu de nous aimer jusque là. Et s’Il choisissait de Se manifester dans Sa toute puissance, Dieu pourrait-il ainsi gagner le cœur de l’homme? Il faut cette infinie petitesse, celle de l’enfant, pour ouvrir une brèche dans le cœur humain. De cette façon seulement, un chemin peut s’ouvrir et se tracer, un espace peut se libérer qui permette au Fils de Dieu de s’y glisser. Ce que Jésus nous transmet ainsi, nous le savons, c’est l’Amour même de Dieu. Cette nuit, par la venue de Dieu, en un petit enfant, nous pouvons comprendre que l’Amour de Dieu est folie.

Voilà, l’annonce véritable du texte d’Isaïe : il ne nous annonce pas « comment » le Sauveur va venir mais ce qu’Il apporte à l’humanité.

« Voilà ce que fait l’Amour invincible du Seigneur de l’univers», nous a-t-il rappelé fortement.

N’est-ce pas là, l’Amour qui éclaire nos ténèbres ? N’est ce pas là, l’Amour qui fait que les ténèbres mêmes, éclairées par la petite flamme de l’Espérance, illuminent comme le jour ? N’est ce pas là, l’Amour qui fait, de nos situations les plus fragiles, les plus précaires, les plus humainement absurdes, une crèche où peut se déposer un avenir inimaginable sans lui ?

Aujourd’hui, encore, voilà ce que doit être, en chacun de nos cœurs, le message de Noël.

L’Amour ne vient à nous que petit, caché, faible, afin que nous ne soyons pas effrayés des folies qu’il va nous conduire à faire, à croire, à vivre. Folie qui passera inévitablement par la Croix, impossible à porter si ce petit enfant, né cette nuit, ne  venait nous ouvrir la route pour retourner un jour à Celui qui est la source du tout Amour.

 

Fr. J-M.

 

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