Homélie pour le jubilé sacerdotal

de frère Pierre

28 juin 2009 (B)

 

La vocation

Frères et sœurs, vous êtes invités à vous unir à mon action de grâce pour le cinquantième anniversaire de mon ordination sacerdotale par Mgr Garrone, notre archevêque d’alors, ici même le 24 juin 1959. En fait, l’appel du Seigneur remonte à 18 ans plus tôt, à l’offertoire de la messe de ma communion solennelle du 25 juin 1941, par un net : « Jean, veux-tu être prêtre ? » – j’avais 9½ ans – suivi d’un second appel aussi net à 12½ ans pour Cîteaux. J’ai gardé longtemps mon secret, mais ma mère finit par deviner et m’annonça d’elle-même le 1er janvier 1949, l’année de mes 18 ans, que  ce serait année de mon entrée à Cîteaux. Tout s’est passé comme malgré moi, vraiment pur don gratuit de Dieu.

Voyez comme Dieu est bel et bien vivant, attentif à chacun de nous, Lui qui, depuis 2000 ans, a appelé des centaines de millions d’hommes et de femmes à se consacrer à Lui ! Preuve évidente de l’existence du Seigneur Dieu. Mais qui parmi vous n’a-t-il pas à rendre grâce au Seigneur !  Pour le don de la vie d’abord, pour le don d’être homme ou femme, celui du baptême faisant de nous des enfants de Dieu ; de la découverte de l’amour conjugal, de son vécu toute une vie, ce qui, pas plus que la vie consacrée, serait impossible sans le don continuel du Seigneur : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ! » (Jn 15, 5) En outre, lorsque Dieu appelle à la vie consacrée, c’est une bénédiction pour toute la famille et son entourage. Rendons-Lui donc grâce !

Le sacerdoce monastique

Qu’a donc voulu le Seigneur en m’appelant au sacerdoce, comme tant d’autres moines, dans un monastère, coupé de tout ministère auprès des fidèles ? Certes, Le louer, L’adorer et surtout L’aimer est bien la vocation de tout chrétien. Mais pourquoi s’étonner que Dieu se réserve un certain nombre d’hommes et de femmes uniquement pour cela, dans un cloître ou un ermitage. De même, pourquoi pas se réserver quelques prêtres au sacerdoce limité à la célébration de la messe, pour Lui-seul, en «“signe” ou “mystère” – disait le Cardinal Suhard – en vivant de telle façon que la vie est inexplicable, si Dieu n’existe pas. »  Cela pour mieux marquer l’acte principal du sacerdoce – l’eucharistie – par rapport au soin des fidèles. « Certains, écrit saint Thomas, sont appelés au sacerdoce uniquement pour [cet acte principal], comme il advient aux religieux qui n’ont pas la charge des âmes. » (St Thomas, 4 Sent. dist.24). Dans sa jeunesse, saint Jean-Marie Vianney l’avait fort bien compris : « Je ne voudrais pas être curé dans une paroisse [de fait, le Seigneur lui a demandé de l’être une cinquantaine d’années !], mais je suis bien content d’être prêtre afin de pouvoir célébrer la messe. » (“Le saint curé d’Ars…” par le Chanoine Trochu, Vitte 1931)

« La vie contemplative ! Oh ! Qu’elle est précieuse aux yeux de Dieu, précieuse à l’Église… Nous comptons…sur la prière des contemplatifs qui, dégagés de tout souci extérieur, peuvent se donner entièrement à ce rôle béni d’intercesseurs auprès de Dieu ! » Voilà comment le 20 août 1960 le bon Pape Jean XXIII a clairement dissuadé nos Abbés de laisser leurs moines-prêtres faire du ministère. Plus encore, Paul VI a recommandé vivement aux Supérieurs majeurs d’Italie, le 18 novembre 1966: « On ne doit pas maintenant prendre pour règle générale que les moines doivent être appelés uniquement selon les nécessités du ministère pastoral à l’intérieur ou à l’extérieur du monastère… Il ne fut certainement pas dans l’intention du Concile (“du décret Presbytórum Ordinis”) d’enlever sa raison d’être au sacerdoce des moines qui l’exercent presque exclusivement dans la célébration de la messe. »

La charge ou mission du moine et du prêtre

Oui, “se donner entièrement à ce rôle béni d’intercesseurs auprès de Dieu”, c’est notre mission d’Église, notre ministère de “suppléance” pour tous ceux qui ne croient pas en Dieu, qui négligent leurs devoirs envers Lui ou qui en sont empêchés. Loin de diminuer notre souci des hommes, notre charge est encore plus vaste que celle des prêtres qui ont charge d’âmes. Bien sûr, nous portons spécialement nos proches, ceux qui nous sont chers, nos Frères de Communauté, nos amis, nos voisins, mais toujours en élargissant aussi loin que le fait le Seigneur lui-même : la France, l’Europe, la terre entière.

« Ma vocation, c’est l’AMOUR ! – la petite Thérèse l’avait si bien découvert, – Dans le Cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour. » « Jésus m’a fait comprendre cette parole des Cantiques : “Attirez-moi, nous courrons à l’odeur de vos parfums.” (1,3) Ô Jésus, [une âme] captivée par l’odeur enivrante de vos parfums, ne saurait courir seule, toutes les âmes qu’elle aime sont entraînées à sa suite ; cela se fait sans effort, c’est une conséquence naturelle de son attraction vers vous… Car une âme embrasée d’amour ne peut rester inactive ; sans doute comme Ste Madeleine elle se tient aux pieds de Jésus… Paraissant ne rien donner, elle donne bien plus que Marthe qui se tourmente de beaucoup de choses et voudrait que sa sœur l’imite… » (“Manuscrits autobiographiques” de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, p.226, 296 et 300)

Que ce jubilé sacerdotal, frères et sœurs, nous incite tous à rendre grâce au Seigneur de tout notre cœur, non seulement pour la grâce du sacerdoce conférée à quelques-uns d’entre nous, mais pour tous les dons reçus nous-mêmes ou autour de nous. Qu’ils nous encouragent à vivre d’admiration et de louange du Seigneur devant les multiples merveilles de la création !  Et dès à présent, durant cette Eucharistie.

 

F. P.

 

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