|
Homélie pour le Jeudi Saint 9 avril 2009 (B) |
« Faites cela en mémoire de Moi. » (1Co.11, 24) Voici le moment-clef du mystère de notre salut, que Jésus a voulu en quelque sorte concentrer dans un mémorial tout simple : un peu de pain et de vin, par lesquels non seulement Il rend présent toute la réalité de sa Passion et de sa Résurrection, mais encore Il apprend à ses disciples à en renouveler le signe sacramentel pour chacune des générations à venir. « Faites cela en mémoire de Moi. »
Il est d’abord important – car Dieu est fidèle à ses promesses ! (cf. Rm.15, 8) – de comprendre comment Jésus a institué l’eucharistie dans la pure tradition du Peuple élu, car « Il n’est pas venu abolir la Loi et les Prophètes, mais les accomplir. » (cf. Mt.5, 17) Il a accompli son ministère dans le prolongement de l’Ancien Testament, en le renouvelant par Sa présence toute tournée vers le Père, et les gens ne s’y sont point trompés : « Les foules étaient frappées par son enseignement – nous dit saint Matthieu, – car Il parlait en homme qui a autorité…» (Mt.7, 28-29)
C’était déjà dans la tradition juive que Jésus avait appris à prier : le “Notre Père” est en effet profondément enracinée dans la tradition de son peuple. Sa structure est celle de la prière juive, en ce que Dieu et son Règne sont premiers, et non les demandes de l’homme pour lui-même. Les sept demandes du “Pater” sont des « reprises des “Dix-huit bénédictions” du “Qaddish”, la prière rituelle d’Israël, » toujours en usage de nos jours. (“Le Choix de Dieu”, Jean-Marie Lustiger, Paris 1987, p.353), mais ce qui la fait toute nouvelle, – « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » – c’est que Jésus s’adresse directement à Dieu à la deuxième personne ; il l’appelle “notre Père”, le sien et le nôtre. Les bénédictions du “Qaddish” prennent leur portée chrétienne parce qu’elles sont dites avec le Fils dans la présence de l’Esprit Saint. » (1Co.11, 24) (cf. une publication française sur le “Qaddish, p.41et 64)
C’est encore dans la pure tradition juive que Jésus a célébré Pessah, le repas pascal, avec ses disciples, comme Il a dû le faire les deux années précédentes et avec Marie et Joseph pendant les trente ans de Nazareth. Les synoptiques sont explicites : « Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples lui disent : “Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ?” » (Mc 14, 12) Et le chapitre 22 de saint Luc le décrit : « Quand l’heure fut venue, Jésus se mit à table, et ses apôtres avec lui, » (v.14) et vers la fin du repas Il rendit grâces et partagea la coupe traditionnelle de bénédiction avec ses disciples, (y compris Judas, en signe d’amitié !), juste avant de leur annoncer : « L’un de vous… va me livrer. » (v.17) Probablement de peur d’être reconnu, Judas préféra aussitôt sortir. Alors seulement Jésus « prit du pain ; après avoir rendu grâce, Il le rompit et le donna [à ses disciples], en disant : “Ceci est mon corps, donné pour vous. Faîtes cela en mémoire de Moi.” Et pour la coupe, Il fit de même…: “Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous” » (v.19-20) Voilà justement ce que le Seigneur invite les prêtres à refaire “en mémoire de Lui”, et demande à chacun de nous d’y participer en entrant de plain-pied dans Son offrande au Père et sacrifice rédempteur pour tous les hommes.
Quelque part, Jacques Maritain, s’inspirant peut-être de Gerhard Rohner (cf. Journet, “La Messe”, p.352s.), souligne qu’il y a deux miracles dans la consécration : outre la transsubstantiation de pain et du vin en le Corps et le Sang du Christ, le sacrifice de la Croix nous est rendu réellement présent dans l’intervalle des deux consécrations. Nous sommes donc invités à participer concrètement au sacrifice de la Croix : le prêtre, en le rendant présent au nom de l’Église, et chacun de nous en le faisant nôtre en Jésus.
Pour nous y préparer, Jésus nous trace encore la voie : « C’est un exemple que Je vous ai donné, afin que vous fassiez, vous aussi, comme J’ai fait pour vous… Il se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’Il noue à la ceinture ; puis Il verse de l’eau dans un bassin, Il se met à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture… » (Jn 13, 4-15) C’est la kénose, l’abaissement du Seigneur se mettant à la portée de chacun, dans la tenue et l’attitude de l’esclave, du serviteur. C’est aussi la kénose du Père : « Celui qui m’a vu a vu le Père… C’est le Père qui demeure en Moi, et qui accomplit Ses propres œuvres. » (Jn 14, 9) Le lavement des pieds fut si uni à l’institution de l’Eucharistie, qu’il est en quelque sorte inclus dans le « Faites cela en mémoire de Moi. » Autrement dit, Jésus et son Père nous invitent à nous faire petits à Son exemple, à reconnaître notre rien devant le Seigneur et à en être heureux, au moment de faire nôtre Son Eucharistie.
Fr. P.
Fermer la fenêtre
Haut de page ![]()