Homélie pour la messe

de l'Épiphanie

4 janvier 2009 (B)

 

 

Être roi et devenir reine par l’amour

Être roi , devenir reine ! Qui de nous n’a jamais rêvé de le devenir un jour ? Et pas seulement un jour, celui où l’on partage la galette des rois, mais tous les jours ! Tous les jours dans le cœur et dans l’affection de ceux dont nous attendons le plus l’amour… La fiancée : de sa fiancé ; l’épouse : de son époux ; l’enfant : de ses parents ; l’ami : de son ami ; un frère : de ses autres frères… Quelle souffrance alors, si cette quête d’amour est toujours déçue, vécue comme une attente jamais comblée ! Quelle joie ! Quelle dilatation du cœur aussi ! quand, au contraire, cet amour est exprimé et manifesté ; et quand, le cœur éduqué, nous pouvons le percevoir et l’accueillir. Avec gratitude et reconnaissance ! Pour le rendre ensuite en partage.

Un tel amour, donné et reçu, échangé et partagé, donne alors vraiment sens à la vie ! Et il lui donne « sens » de trois façons. Comment ? Demandons aux mages de nous l’enseigner, eux qui sont venu s’incliner devant Jésus et qui, de mages qu’ils étaient, sont devenus rois. Rois, d’avoir contemplé le Verbe fait chair ; Rois, d’avoir adoré le Logos incréé, devenu pour nous Parole humaine d’amour, visible à nos yeux et sensible à nos cœurs.

Des Mages qui deviennent rois… Observer et interroger, chercher et marcher, trouver et adorer,

Car l’avez-vous remarqué ? À la grotte de Bethléem, « mages » ils sont arrivés. « Rois », ils en ressortent. En fait, si vous y regardez de près, vous verrez bien que l’évangile ne dit rien de cette « royauté » des mages ! C’est nous qui les faisons « Rois » ! Dans notre imagination. Mais nous avons bien raison de le faire ! Car « rois », ils le sont vraiment devenus.

Pour le comprendre, regardons simplement leurs « manières de faire ».

D’abord, ils observent. Quoi ? Les astres. La tête levée vers le ciel, leurs désirs tournés vers le haut, orientés vers l’avant.

Ensuite, ils interrogent et s’informent. Qui ? Des hommes de lettres, réputés « savoir ». Le cœur et l’intelligence, ouverts à ce que les autres peuvent leur apporter pour éclairer leur chemin.

Puis, ils se mettent en route et ils marchent. Vers Où ? Vers l’accomplissement de leur désir, éclairés qu’ils sont par la sagesse, acquise auprès des autres. Car ce qu’ils ont connu par l’intelligence de leur foi illuminée, ils le cherchent désormais avec l’ardeur d’un désir ravivé.

Enfin, joie de la découverte : « Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie ». Joie qui culmine dans l’offrande de tout ce qu’ils sont : « Tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui » ; et dans l’offrande de tout ce qu’ils ont : « Ouvrant leurs coffres, ils lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe ».

Observer et interroger ; chercher et marcher ; trouver et adorer. C’est comme cela que les mages sont devenus « rois ». Car être roi, c’est être capable de « diriger » sa vie. Or, comment diriger ma vie, si je ne sais vers où l’orienter ? Et comment l’orienter, si rien ne vient polariser mon désir ? Et comment polariser mon désir, si rien ne vient donner goût à la vie ? Être roi, c’est tout cela à la fois : être capable de diriger sa vie. Et être capable de diriger sa vie, c’est être capable de lui donner du sens : une signification, une orientation, de la saveur.

Une vie rendue signifiante, orientée et savoureuse grâce à l’amour

Or, quoi de plus « signifiant » pour nos vies que d’aimer et de se savoir aimé ; se savoir aimé pour aimer en retour ? C’est cela qui donne sens à la vie, qui donne en-vie de se lever, chaque jour, malgré le poids, parfois pesant, de nos responsabilités. Souvenons-nous de saint Augustin. Il affirmait : « Là où j’aime, point n’ai de peine », car, ajoutait-il encore : « Mon poids, c’est mon amour ». Rendre sa vie « signifiante », c’est donc lui donner son poids d’amour, tel un or fin sur la balance de mon existence.

Ensuite : quoi de plus dynamisant pour nos vies que de savoir où je vais et pour-quoi je vais. Avoir le courage du lendemain, parce que je sais une présence, La présence, qui oriente l’horizon de mon existence ! C’est là une myrrhe purificatrice, bien nécessaire si je veux me décentrer de moi-même, de mon propre intérêt, afin de pouvoir tendre, sans entrave, vers cette fin et vers ce bien que sont une communion d’appartenance à un Autre et une communion d’appartenance à des frères. Adhérer au Seigneur, n’est-ce pas en effet savoir que je m’appartiens plus, mais qu’avec Jésus, je deviens grain broyé pour être pain livré, donné et partagé en nourriture… ?

Enfin, y a-t-il pain plus délicieux pour soi-même et plus savoureux à offrir aux autres que celui d’une vie qui se sait ainsi « signifiante » de l’amour à partager et ainsi « orientée » de la communion à créer, pour ne devenir plus, avec Jésus, que sacrifice d’agréable odeur (cf. 2 Cor 2, 15), prière d’offrande qui s’élève devant Dieu comme un encens (Ps. 141, 2), eucharistie offerte à la louange de la gloire du Père (cf. Prière eucharistique IV) ?

Devenir roi avec les mages : offrir l’or, la myrrhe et l’encens…

Oui, apprenons des mages à marcher à leur suite. Ils ont rencontré Jésus et de leur rencontre avec Lui, ils sont devenus rois. Rois, de lui avoir fait offrande de leur vie : de leur or, de leur myrrhe et de leur encens. Oui, apprenons d’eux à devenir roi avec eux. Et pour cela, laissons-nous interroger par eux, comme eux-mêmes interrogèrent. Retenons d’eux trois questions :

D’abord : ce que je fais ou ce que je décide de faire, est-ce que cela a une « signification » ? Est-ce que cela « entre » en cohérence avec le « pesant » de mes responsabilités ? Convoqué par la Parole d’Amour, offrir ainsi l’Or de mon amour !

Ensuite : est-ce que cela va dans la « bonne direction » ? Est-ce que cela est « consistant » ? Est-ce que cela contribue au projet de vie que je me suis donné ? Est-ce que cela crée de la communion ? Ou au contraire, est-ce que cela m’en écarte ? Est-ce que cela fait entrave ? Ne faut-il pas alors y renoncer, purifier le désir, l’orienter différemment ? Faire donc offrande de la Myrrhe du décentrement, en vue de la communion !

Enfin, est-ce que tout cela contribue à faire de ma vie une vivante offrande à la louange de la gloire de Dieu ? Est-ce que cela dilate vraiment mon cœur ? L’ouvre à la joie véritable ? Car je n’aime vraiment que si je donne avec joie (cf. 2 Cor 9, 7)… Laisser donc monter de la coupelle de mon cœur l’Encens de la joie !»

 

Fr. P-A

 

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