Homélie pour les Rameaux

05 avril 2009 (B)

 

Comme il est difficile d’accepter que les textes que nous venons d’entendre s’adressent à chacun d’entre nous, à chacune de nos existences ! Le récit de la Passion selon St Marc est, je crois, celui qui nous livre la plus désespérée des visions de la mort de Jésus. Malgré cela,  si nous voulons qu’elle porte le fruit pour lequel elle a été écrite, comme chaque page de l’évangile, elle doit rejoindre en vérité notre expérience personnelle de chrétiens, à la suite du Christ.

Rien de glorieux dans la Mort de Jésus, aucun apaisement, rien qui vienne adoucir sa souffrance, tout au plus entendons-nous, à la fin du récit de la Passion, que des femmes sont présentes, mais elles regardent de loin. Jésus est seul ; non seulement Il va à la rencontre de sa mort mais tout au long du récit Il est outragé, trahi, abandonné. Trahi par Judas, trahi par Pierre. Outragé par les gardes, par les soldats. Jésus est abandonné de tous : « tous ses disciples l’abandonnent », Pierre, Jacques et Jean ne peuvent résister au sommeil pendant les heures de sa plus grande angoisse. Même les paroles prophétiques de sa Résurrection, pendant l’Onction qu’Il reçoit à Béthanie, semblent tomber dans le vide, et ne sont reçues de personne sinon, peut-être, de celle qui fait ce geste d’amour.

Suivre le Christ dans ce chemin-là, c’est apprendre à reconnaître et à partager Sa Passion, au cœur même de nos souffrances les plus cruelles, des abandons les plus injustes, des reniements les plus insoutenables. C’est le seul moyen de nous approprier cette page de l’évangile. Si le Christ est passé par là nous pourrons, nous  aussi, y passer. Si le Christ a fait cette expérience de l’abandon le plus radical, jusqu’à s’écrier : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », c’est pour que nous trouvions Sa Présence au plus profond de notre désespoir. Dieu s’est abaissé jusqu’à nous, et, en nous abaissant vers Lui, nous Le rencontrons. Dès lors, tout abaissement, toute humiliation, toute souffrance, devient chemin de rencontre avec le Christ.

Il est illusoire de croire pouvoir porter le nom de « chrétiens » en faisant abstraction de la souffrance. Cette souffrance ne vient pas de Dieu. Elle vient au contraire du refus de Dieu. Dieu Lui-même a voulu aller jusqu’au bout de ce refus, le traverser, en être victorieux.

Nous apprenons ainsi, aujourd’hui, que la mort, l’abandon, la calomnie, l’insulte, le rejet, n’ont jamais le dernier mot. Apprendre à suivre Jésus, c’est apprendre, comme Lui, à vaincre toutes ces forces du mal, en nous abaissant. C’est dans l’abaissement volontaire, par l’obéissance, par la ressemblance au Christ, « obéissant jusqu’à la mort et la mort sur la croix » que nous pouvons dépasser, supporter, grandir, au milieu des épreuves de nos existences.

Cela n’est possible que par une seule voie : la voie de l’Amour, qui nous porte quand tout s’effondre dans nos vies.  C’est l’Amour qui a porté le Christ jusqu’au bout et c’est par l’Amour que « Dieu l’a élevé au-dessus de tout et Lui a conféré le nom qui surpasse tous les noms ». Pour ne pas « réduire à néant la Croix du Christ » (1 Cor.1,17) dans nos vies, attachons-nous à laisser grandir en nous cet Amour, quel qu’en soit le prix, afin que nous participions un jour à la Gloiredu Christ.

 

Fr. J-M.

 

       Fermer la fenêtre               Haut de page Haut de page