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Homélie pour le Christ-Roi 22 novembre 2009 (B) |
« Tout homme qui appartient à la vérité entend ma voix ». Très intéressant ce dialogue de Jésus avec Pilate, mais le lectionnaire coupe court trop vite, ne nous donnant pas la réponse de Pilate, ou plutôt sa réflexion lorsqu’il tourne le dos pour revenir vers la foule : « Qu’est-ce qui est vérité ? » Le gouverneur est un sceptique, comme beaucoup de ses contemporains teintés d’une certaine culture philosophique. Il se doit, bien sûr, de pratiquer la religion officielle de l’Empire, mais il n’accorde guère foi à toutes ces fables mythologiques, auxquelles s’ajoutent maintenant les cultes à mystères et tout un cortège de nouvelles divinités orientales. Quoi de vrai dans tout cela ? Existe-t-il même une vérité ? Madame Pilate semble plus ouverte au religieux, elle qui envoie dire à son mari, tandis qu’il siège au tribunal, d’après saint Matthieu : « Ne te mêle point de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai été très affectée dans un songe à cause de lui. » Mais pour le gouverneur, la raison d’état et le souci de la sécurité personnelle vont balayer tous les scrupules face à l’innocence de Jésus.
Pour Jésus, fils d’Israël, la vérité est d’un autre ordre que ce qu’imagine Pilate le romain. Elle est, selon l’étymologie du mot hébreu ’emeth, solidité, fermeté, fidélité de Dieu à sa parole et à ses promesses. Sur elle on peut s’appuyer en toute confiance comme sur un roc inébranlable. Cette vérité, préparée par toute la révélation faite à Israël, notamment par l’annonce de ce “Fils d’homme” dont nous parlait Daniel dans la 1ère lecture, c’est que « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». Jésus Christ, nous disait Jean dans la 2ème lecture, en est le Témoin fidèle, le “Martyr” par excellence, « lui qui nous aime et nous a délivrés de nos péchés par son sang ». Paul, dans sa 1ère lettre à Timothée, nous parle du “beau témoignage” rendu par Jésus devant Ponce Pilate.
Jésus Christ, homme et Dieu, est lui-même la Vérité, comme il l’affirme aux disciples au cours du dernier Repas. Il révèle à la fois la vérité d’un Dieu qui est Amour, et la vérité de l’homme appelé à participer, dans l’Esprit Saint, à la relation éternelle d’amour entre le Père et le Fils : « Il a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père », nous disait encore l’Apocalypse. Cette vérité, pour laquelle Jésus est né et venu rendre son “beau témoignage”, est donc la vérité d’un amour, celui qui subsiste éternellement en Dieu et se répand en nos cœurs, si nous l’accueillons. Car, nous dit Benoît XVI dans sa récente encyclique “Caritas in veritate” (l’amour dans la vérité), « la vérité, à l’égal de la charité, est un don, elle est plus grande que nous ». Et il poursuit : « Parce qu’elle est un don que tous reçoivent, la charité dans la vérité est une force qui constitue la communauté, unifie les hommes de telle manière qu’il n’y ait plus de barrières ni de limites ».
« Ma royauté ne vient pas de ce monde », nous dit Jésus ; il ne la reçoit pas des hommes, mais de son Père : « Il lui fut donné domination, gloire et royauté ». Elle ne s’exerce pas, comme celle de l’empereur que représente Pilate, par la force des légions romaines, mais par la puissance de l’amour dans la vérité. Elle ne constitue pas un contre-pouvoir, mais elle a cependant à voir avec toutes les composantes de la vie humaine. « Si le développement économique, social et politique veut être authentiquement humain, il doit prendre en considération le principe de gratuité comme expression de la fraternité », dit encore le pape. Rien n’échappe au feu de cet amour et à la lumière de cette vérité : l’économique, le social, le politique, le familial, la bioéthique, l’environnement, le développement des peuples.
« Voici qu’il vient parmi les nuées, et tous le verront, même ceux qui l’ont transpercé » : Jean le visionnaire nous tourne vers l’Amour et la Vérité qui trouvent leur plus haute expression dans ce Cœur ouvert d’où se déversent des fleuves d’eau vive. Ouvrons nos propres cœurs à ce torrent pour que puisse naître et grandir partout dans le monde, et d’abord dans nos familles et nos communautés, une civilisation de l’amour dans la vérité.
F. G
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