Homélie pour l'Assomption

15 août 2009 (B)

                                         

Le jour où nous célébrions la fête du Sacré-Cœur de Jésus, nous tournions notre regard vers Marie. Nous la regardions comme celle vers qui Jésus lui-même portait son regard afin de contempler en elle la « parfaite Image » (préface de l’Assomption) de notre humanité sauvée et réconciliée.

Aujourd’hui, fête de l’Assomption de Marie, nous tournons encore fois notre regard vers elle. Mais aujourd’hui, nous sommes invités à la regarder comme « l’aurore de l’Église triomphante » (préface de l’Assomption), comme l’initiatrice de notre existence chrétienne. Non bien sûr qu’elle soit elle-même le chemin, car seul Jésus est « le chemin, la vérité et la vie » ; celui vers qui nous allons et par qui nous passons. Marie est donc « initiatrice de vie chrétienne », à un autre titre que celui de Jésus. Comment ? Par sa foi, son espérance et sa charité. Elle nous met sur la route, elle nous guide sur le chemin et soutient notre marche.

C’est d’ailleurs pour cela que l’Écriture - saint Jean dans le passage de l’Apocalypse que nous avons entendu en première lecture (Apoc. 12, 1), mais aussi l’Époux, dans le Cantique des Cantiques (Cant. 6, 10) -, c’est pour cela que l’Écriture dit de Marie qu’elle est « resplendissante comme le soleil, belle comme la lune et couronnée d’étoiles » ! Resplendissante comme le soleil, par l’éclat d’une charité brûlante ; belle comme la lune, par tout l’élan d’une espérance, sans cesse renaissante ; couronnée d’étoiles, grâce à une foi rayonnante qui, active et inventive, se démultiplie comme à l’infini…. En tout cela, Marie est notre « initiatrice » : celle qui nous met en chemin et sur le chemin, car, par sa vie de foi, d’espérance et de charité, elle nous offre comme une « grammaire élémentaire de l’existence humaine » (Dagens, La nouveauté chrétienne, Cerf, p. 108).

Par toute sa vie en effet - et contre les soupçons de la culture ambiante, qui tend à vouloir réduire l’expression de la foi chrétienne à sa seule sphère culturelle -, par toute sa vie, Marie atteste de la pertinence humaine d’une existence qui accepte de se laisser « informer » par la Personne de Jésus et qui ne craint pas de s’ouvrir, tout entière et sans réserve, à la bonne nouvelle du salut qui, en Lui, nous est offert. C’est d’ailleurs ce que rappelle clairement la constitution conciliaire Gaudium et spes (§ 22), quand elle affirme avec force que c’est seulement dans le Mystère du Verbe incarné que le Mystère de l’homme lui-même s’éclaire vraiment !

Or justement, par toute sa vie - de sa bienheureuse naissance sur terre à sa glorieuse Assomption dans le ciel, en passant par les événements joyeux de l’Annonciation et de la Visitation : par toute sa vie, Marie ne nous révèle que cela : jusqu’à quelle grandeur de vie divine le mystère de l’homme est élevé, quand, sur terre, il ose se livrer tout entier au Mystère du Verbe incarné,… jusqu’à l’accueillir au plus intime de sa vie pour lui permettre de devenir chair de notre propre chair. Au mystère de Verbe incarné – Dieu qui devient ce que nous sommes – répond donc le Mystère de l’Assomption : devenir par grâce d’adoption ce que Jésus est par droit de naissance, car si c’est bien en Adam que tous les hommes meurent, c’est aussi dans le Christ-Jésus, et donc par Marie, de qui en effet Il est né, que tous, nous revivrons (1 Cor. 15, 21) !

Revenons donc un instant à Marie. Qu’elle soit l’initiatrice de toute l’existence chrétienne, le récit évangélique que nous avons entendu aujourd’hui nous le révèle à merveille.

Initiatrice de notre vie de foi d’abord : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des Paroles qui lui furent dites de la part du seigneur ! » Marie se laisse transformer, féconder par cette Parole en l’accueillant avec foi. Elle devient Mère du sauveur. Et sa foi se fait active et inventive. Car une foi qui ne s’accompagne pas des œuvres est une foi morte (cf. Jac. 2, 14-20). La foi de Marie se met donc en mouvement, en chemin : celui d’une charité active ! Là se trouvent la source et le fondement de tous les engagements d’Église, dans la société civile, pour le respect et la reconnaissance de la dignité de tout homme, dès le moment de sa conception jusqu’à sa mort.

Marie est donc bien l’initiatrice de notre vie de charité. Vous l’avez d’ailleurs entendu comme moi : à peine a-t-elle entendu le message de l’ange, qu’en toute hâte, elle se met en route, vers la montagne, pour aller rendre visite à sa cousine Elisabeth ! C’est que, toute joyeuse de l’annonce qui lui a été faite, elle ne peut garder pour elle seule la bonne nouvelle dont elle est porteuse, car cette bonne nouvelle, elle est destinée au monde entier. Marie n’a donc qu’une hâte : Mère de Celui qui n’est que Charité, elle s’empresse de la manifester, en courant se mettre au service de sa vieille cousine !

Enfin, Marie est l’Initiatrice de notre vie d’espérance : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur, car il s’est penché sur son humble servante ». Alors en effet que tant de quêtes spirituelles contemporaines risquent de s’enliser dans les méandres d’une recherche, finalement égocentrée, d’épanouissement personnel de soi ou de développement de son potentiel humain, l’humilité de Marie, sa disponibilité à la Parole qui lui est adressée, viennent nous rappeler avec toute la force de sa simplicité, que notre Espérance, nous avons à la mettre dans le Seigneur Jésus seul de qui nous tenons la vie, le mouvement et l’être : car celui ou celle qui espère en Lui ne sera pas déçu, quelles que soient d’ailleurs les épreuves que nous avons à traverser, car, nous rappelle saint Paul, « la fidélité éprouvée produit l’espérance, et l’espérance ne déçoit pas, puisque c’est par elle que la charité est répandue dans nos cœurs par l’Esprit saint qui nous a été donné » (Rom. 5, 4-5).

Laissons-nous donc guider par Marie, initiatrice de notre foi, de notre espérance et de notre charité. Faisons tout pour Jésus en passant par Marie. Alors, l’aurore d’un jour nouveau poindra, et il y aura joie sur la terre comme au ciel.

 

Fr. P-A

 

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