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Homélie pour le 2ème dimanche de Carême 8 mars 2009 (B) |
Un petit noir, âgé de 7 ans, se promenait un jour sur la place du marché d’un village de France. Il aperçut un homme qui tenait dans sa main un bouquet de ballons de couleurs qu’il détachait à la demande, en échange d’une petite pièce de monnaie. Il détacha ainsi un ballon bleu, un vert, un rouge, un blanc, qui montèrent droit vers le ciel, devant l’enfant émerveillé. « Si vous détachez le ballon noir que personne ne demande, montera-t-il comme les autres ? » demanda-t-il. Avec un petit sourire, l’homme détacha le ballon noir qui monta tout droit vers le ciel, jusqu’à disparaître de la vue. « Vois-tu, petit, ce n’est pas sa couleur qui fait monter le ballon, c’est ce qu’il : y a dedans. »
A l’exemple de cette petite parabole, Dieu veut offrir à tous les hommes, de toutes races et de toutes couleurs, la Bonne Nouvelle qui donne sens à leur vie. L’Eglise a mission de l’annoncer, comme elle le fait aujourd’hui avec le récit du sacrifice d’Abraham et celui de la Transfiguration, deux scènes qui se déroulent à quelques 2.000 ans de distance mais qui se complètent en vérité. Voyons comment.
Tout d'abord, le sacrifice d'Abraham, récit dramatique s'il en est. Ce récit ne peut nous laisser indifférents. Comment se fait-il que Dieu ait pu demander un acte aussi horrible à l'homme dont, de toute évidence, il apprécie la foi. Car Abraham a déjà prouvé la qualité de sa foi le jour où, faisant confiance à Dieu qui lui promettait de devenir le père d'une multitude, il quittait son pays –situé dans l'actuel Irak- pour partir vers l'inconnu. Acte de foi d'autant plus étonnant qu'Abraham n'avait pas d'enfants, qu'il était vieux et que sa femme Sara était stérile. Malgré cela, il fit confiance à Dieu qui lui promettait une nombreuse postérité. Et en effet, fidèle à sa promesse, Dieu permit à sa femme Sara de lui donner un fils, Isaac. Ce fils grandit. Et voilà que Dieu demande à Abraham de faire un nouveau sacrifice et de lui offrir son fils, une fois devenu jeune homme. Toujours confiant, mais sans comprendre le sens de ce geste, Abraham fend le bois, le charge sur l'âne, prend son fils unique Isaac et s'en va vers la montagne que Dieu lui a désignée. Mais au moment de lever le couteau pour immoler son fils, Dieu lui fait comprendre que, s'il lui demande de sacrifier son fils, ce n'est pas en le mettant à mort mais en le lui offrant, en lui en faisant le sacrifice au sens le plus fort du mot, en le lui "sacrifiant", qui veut dire "rendre sacré". Ce que Dieu demande à Abraham n'est rien d'autre que de lui laisser son Fils pour qu'il s'en serve pour réaliser ses projets. Il y a là une première leçon pour nous qui, par expérience, savons combien l'instinct de possession peut dominer les parents. Croyants bien faire, combien de parents ne rendent-ils pas leurs enfants esclaves de leurs projets, de leurs idées, de leur façon de penser, en les immolant sur l'autel de leur amour souvent très possessif. Il existe bien sur des exceptions, comme celle des parents du bienheureux Joseph Cassant qui dès son plus jeune âge, l’aidèrent à réaliser sa vocation de moine et de prêtre dans cette Abbaye.
D'avoir écouté Dieu, de lui avoir obéi, permet enfin à Abraham de poser le plus beau des gestes que des parents puissent poser : celui de s'en remettre à Dieu pour le destin de leur enfant, celui de confier leur enfant à Dieu pour que, à son écoute, leur enfant développe les dons reçus pour le service de son Royaume
Cette façon de comprendre le sacrifice d'Abraham nous permet de mieux saisir la signification du sacrifice de Jésus. Ce que nous apprend la foi chrétienne, c'est ceci: par amour pour les hommes, Dieu décide de leur envoyer son Fils. Ayant décidé l'incarnation de son Fils, Dieu en assure dès le début toutes les conséquences. Jésus est donc envoyé par le Père pour faire passer le message à savoir que Dieu aime les hommes et veut leur bonheur. Mais l'annonce de cette Bonne Nouvelle provoque des réactions violentes de la part de tous ceux –et nous en aurions peut-être fait partie- qui se sont enfermés dans l'attachement à leurs propres idées, voire même à leur religion. Alors, ne pouvant supporter les propos de Jésus qui invite à la dépossession de tout, à commencer par celle de soi-même, ils vont le traiter de blasphémateur, voire de dangereux provocateur, le condamnant et le crucifiant. J’aime évoquer ici une phrase lue dans la vie du bienheureux Joseph Cassant qui écrivait : « Je me rappellerai qu’après avoir tout quitté, il me faut me quitter moi-même ». Ainsi, ce sont les hommes, et non pas Dieu, qui ont livré Jésus à la mort sur la croix. Et parce que Dieu est toujours fidèle à sa Parole, puisqu'il avait promis de sauver le monde par l'incarnation de son Fils, il le laisse aller jusqu'au terme de sa libre décision, en acceptant toutes les conséquences. Mais lorsque tout fut accompli, alors Dieu intervint pour sauver son Fils de la mort, non pas en le soustrayant à la mort - le Christ est bien mort sur la Croix- mais en le libérant des griffes de la mort au moment même où la mort pouvait se croire victorieuse.
Pour éviter que ses disciples ne sombrent dans le désespoir le jour de sa mort sur la croix, lorsqu’elle arriverait, pour éviter qu'ils se méprennent sur le sens de son sacrifice, Jésus accorda à quelques uns, Pierre, Jacques et Jean, ses plus proches disciples, de découvrir à l'avance comment il serait après sa résurrection. C'est le sens de la transfiguration au cours de laquelle les 3 disciples sont tellement saisis par le rayonnement du Christ qu'ils voudraient que la scène ne s'arrête pas. A la suite de cette vision, Jésus leur demande de n'en parler à personne. Mais le jour de la résurrection du Christ, leurs yeux s'ouvriront et ils comprendront que cette vision de la transfiguration n'était qu'une préfiguration de ce que le Christ allait être désormais: lumière pour toujours capable de percer les ténèbres les plus épaisses, espérance pour ceux qui souffrent, et triomphe définitif de la Vie sur la mort et les forces de mort. Confortés dans leur foi, les disciples sont désormais prêts à affronter tous les obstacles pour témoigner de cette Bonne Nouvelle et rendre l'Espérance à ceux que les souffrances et les difficultés de la vie risqueraient d'en éloigner.
C’est le témoignage que nous donne Paul, l’ancien persécuteur, dont nous célébrons cette année le bimillénaire de la naissance. Ecoutons-le :
« Je suis plein de reconnaissance envers Celui qui m’a donné la force, Christ Jésus notre Seigneur : c’est lui qui m’a jugé digne de confiance en me prenant à son service… moi qui étais auparavant blasphémateur, persécuteur et violent. » (1 Tim.)
Ou encore : « J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, et c’est de beaucoup préférable, mais demeurer ici bas est plus nécessaire à cause de vous ». (Phi)
P. J-M C, MEP
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