Homélie pour le

1er dimanche de Carême

1er mars 2009 (B)

 

JÉSUS AU DÉSERT

 

Jésus estpoussé au désert.

Et ce chemin est bien en prolongement de son Incarnation,

en droite ligne vers sa Pâque.

 

Car le chemin du Christ c'est l'homme.

Et pour rejoindre tout homme le Verbe se fait Chair, Ie Verbe se fait Frère.

Par son Incarnation, le Fils de Dieu s'est uni Lui-même à tout homme.

Le Christ est vraiment devenu l'un de nous, en tout semblable à nous.

ll n'a pas trouvé inhabitable notre terre !

Au milieu des hommes ll est I'Emmanuel, Dieu-avec-nous.

 

Le chemin du Christ c'est I'homme.

Et pour descendre au plus près des blessures de I'humanité

ll consent au Baptême dans le Jourdain, ll plonge dans I'eau des pécheurs.

L'lncarnation devient immersion au plus noir du péché et de la mort.

Là, en son extrême dépouillement, en sa totale faiblesse d'Agneau

Jésus se retrouve comme immergé dans la Tendresse du Père,

comblé par la Présence de la Colombe Esprit.

Au plus près du coeur de I'homme le Fils est plongé dans le Coeur de Dieu.

Au Jourdain, parmi les pécheurs ll est I'Emmanuel, Dieu-avec-nous.

 

Le chemin du Christ c'est I'homme.

Et c’est pourquoi, après son Baptême, l'Esprit pousse Jésus au désert.

Pour y rejoindre le pauvre et devenir Lui-même pleinement pauvre.

Le pauvre, quelque part, est toujours un enfant qui crie dans le désert

et que sa mère n'entend plus !

L'lncarnation devient enfouissement au pays de I’absence et du silence,

non pas seulement au désert de sable et de cailloux,

mais au désert de toutes les solitudes, de toutes les angoisses,

au désert de toutes les situations de souffrance et d'exclusion

où I'humanité assoiffée de ûe et de joie gémit et pleure de se voir mourir.

Multiples déserts d'hier et d'aujourd'hui, déserts des prisons et des hôpitaux,

déserts des quartiers de misère où tant d'hommes et de femmes luttent pour survivre.

Déserts plus profonds encore des coeurs asséchés par la tentation, le combat,

la résistance impossible aux assauts du démon.

En ce désert le Fils plonge jusque dans le secret du Face à Face brûlant avec le Père.

Au plus profond des déserts d'humanité, le Fils demeure dans I'intimité du Coeur du Père.

Au désert des plus pauvres Jésus est l'Emmanuel, Dieu-avec-nous.

 

Le chemin du Christ c'est l'homme, tout homme, tous les hommes.

Et de désert en désert, Jésus sera conduit par I'Esprit

jusqu'en ce désert de la nuit et de I'ultime angoisse

au lieu dit Pressoir à huile, Gethsémani.

L'lncarnation devient nuit d'agonie et instante prière du Fils

à Celui qui pouvait le sauver de la mort.

lci les disciples dorment, et Dieu Lui-même semble absent.

En ce désert le Père est comme caché dans le Coeur du Fils.

Mystère de Dieu qui, Lui-même, entre en agonie.

Au désert absolu de la mort toute proche

Jésus est l’Emmanuel, Dieu avec nous

 

Le chemin du Christ c'est I'homme, et d'abord I'homme perdu,

En son ultime élévation sur le Bois au désert infini du Calvaire

le Fils rejoint tous les crucifiés du monde.

En sa chair crucifiée ll a tué la haine !

L'lncarnation devient communion à l'humanité dans la mort et aux enfers.

Mais à l'heure du dernier Souffle le Fils est saisi dans l'étreinte d'amour

où le Père veut accueillir toute l'humanité appelée à renaître.

Au désert du Golgotha Jésus est I'Emmanuel, Dieu-avec-nous.

 

Avec Jésus qui nous précède en toutes nos traversées de I'en bas

le désert n'est plus désert mais Aurore Pascale.

 

Et tous nos déserts ne sont plus déserts

puisque le Vivant est avec nous tous les jours jusqu'à la fin du monde,

Lui le Ressuscité, Emmanuel, Dieu-avec-nous.

 

En Christ la mort est morte et le désert est vaincu.

Saurons-nous en témoigner par nos vies données à Dieu et à nos frères ?

 

Apprenons en ce carême à vivre de Pâque,

comme des vivants revenus de la mort !

Que ce Pain Rompu que nous allons partager

nourrisse en nous cette vie éternelle déjà présente en nous.

"Celui qui mange de ce pain, dit Jésus, ne mourra pas !"

 

Et si ce n'était interdit par les rubriques de carême,

j'aurais terminé en disant : ALLELUIA !

 

Père Marc Prunier, prêtre d’Angoulême

 

 

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