|
Homélie pour le 1er dimanche de l'Avent 30 novembre 2008 (B) |
Nouvelle Année Liturgique. Pourquoi ?
Pour veiller. Uniquement pour veiller.
Les textes de ce jour, premier Dimanche de l’Avent, nous le disent à l’envie : veillez ! « Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra».
Pourtant, ce temps de l’Avent est aussi le temps de la conversion qui nous prépare à accueillir Celui qui est déjà venu. Venu une fois pour toutes, incarné jusqu’à la fin des temps pour nous, achevant ainsi la Révélation que Dieu donnait à Son peuple depuis les commencements du Temps.
Nous entamons donc une nouvelle Année liturgique dans la Foi que l’Amour est déjà venu, le Verbe s’est déjà fait chair, mais aussi que nous attendons Sa venue dernière, quand tout aura été soumis au Père par le Fils.
Il en est de notre attente comme de toute histoire d’amour. Car l’amour n’est jamais acquis une fois pour toutes; l’Amour est toujours en devenir, jamais achevé, car toujours en butte à notre condition humaine. Une condition qui nous rend sensibles, vulnérables aux séductions du Diviseur, aux tentations du désespoir, aux sentiments d’inutilité et d’échec qui ne peuvent manquer de survenir en toute vie, tant il est difficile d’aller jusqu’au bout de l’Amour.
Aller jusqu’au bout de l’Amour ? Qu’est ce que cela veut dire ?
Je crois que c’est à cette question que répond le Temps de l’Avent.
En nous, en chacun de nous qui faisons l’expérience de l’Amour, une vie fragile s‘éveille, prend corps. Elle prend corps, mais ce n’est pas comme ce fut le cas pour notre Seigneur Jésus, dans un cœur pur de tout péché comme l’était celui de Marie, entièrement unifié pour accueillir l’océan de l’Amour. Pour nous, en effet, l’expérience de l’amour se vit dans un cœur divisé, égoïste, porté à se croire tout puissant, un cœur humain souillé par la tentation de l’orgueil. Naît alors un combat : un combat entre l’Amour qui veut vivre et grandir, et le Moi de chair qui ne veut pas mourir. Car l’Amour a ceci de paradoxal qu’il exige notre mort à nous-mêmes afin de prendre toute sa mesure. Nos relations humaines nous le font bien vite comprendre : aimer, rencontrer l’autre c’est prendre un risque énorme, un risque mortel. La représentation que nous avions de ce qui nous était donné se heurte toujours à la réalité de ce que la relation nous offre.
Là est le lieu du combat, là est la place du choix entre la Vie et la Mort. Mais la Vie, pour ETRE, doit passer par la mort ; La Mortpeut prendre les apparences trompeuses de la vie ; l’homme peut alors se perdre dans la confusion.
Aussi faut-il veiller à emprunter le bon chemin, veiller à ne pas se tromper de maître, veiller à oser mourir pour vivre.
Seul Jésus nous conduit par ce juste chemin, oui, seul Jésus.
Ecoutons St Paul : « en Lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la Parole et de la connaissance de Dieu… Ainsi aucun don spirituel ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. »
Il n’est pas d’autre chemin que le chemin de Jésus pour échapper à la Mort. Il est la Viequi naît fragilement dans le sein de Marie, qui va se manifester dans quelques semaines dans la fragilité d’un enfant. Cette fragilité est la nôtre ; pour ne pas succomber, elle doit s’appuyer sur l’image que lui donne Jésus, Lui ressembler.
L’Année Liturgique nous guidera, jour après jour, sur ce chemin jamais achevé. Nous entrons dans l’Année Liturgique, éternel recommencement, dans la certitude que l’Amour, seul, nous donnera de vivre vraiment, car « aimés, nous aimons. Aimant, nous méritons d’être aimés davantage » ; il ne s’agit plus alors de recommencer, mécaniquement, un déjà-vu – déjà-vécu, mais de nous enfoncer dans l’infini de Dieu, à la suite du Verbe Incarné. C’est cela, aimer jusqu’au bout.
Fr. J.M
Fermer la fenêtre
Haut de page ![]()